6.5/10

MW

Tezuka est connu pour ses mangas, véritables pamphlets bourrés d'humanité (Astro Boy, Black Jack, Nanairo Inko), il est donc particulièrement surprenant de voir son nom à côté de celui d'une oeuvre comme MW (prononcez Mu). Les personnages téméraires laissent place à un véritable être totalement déshumanisé et privé de tous remords. Une oeuvre déconcertante qui laisse néanmoins apparaître quelques défauts bien dérangeants.

Duel

MW
MW
Yuki Michio mène une double vie. Employé modèle à la banque le jour, il devient une ordure la nuit. Kidnappeur d'enfant, assassin, braqueur, rançonneur, Yuki défie toute autorité qui oserait s'opposer à lui. L'anti-héros de MW cache derrière lui un terrible secret remontant à son enfance. Témoin d'un accident qui avait vu la population de son île natale décimé par un gaz provenant d‘une base américaine, il est rongé par son passé et seul son désir de vengeance le fait progresser vers une fin inexorablement glauque.

De l'autre côté, le seul autre survivant de la catastrophe est un homme d'église, le père Garai, qui entretient une relation composée d'échanges charnels, culturels et d'appréhension et de rejet avec l'autre homme. La relation entre les deux hommes ne cesse de se dégrader au point d'arriver à un affrontement verbal, la raison est simple... Yuki veut obtenir à tout prix vengeance en utilisant le gaz sur l'ensemble du Japon, seul Garai connaît la vérité mais son secret de confession l'oblige à garder le silence. Car Yuki a décidé de se venger de la même manière de celle qui a détruit sa vie : utiliser ce gaz mortel, le MW...

La vengeance est un plat qui se mange froid

Beaucoup, beaucoup, beaucoup... trop de thèmes sont évoqués dans MW pour rendre l'oeuvre pertinente. La relation entre les deux hommes est complexe, balançant à la limite d'un yaoi même si plus de répulsion que d'amour en est retiré. Cette relation perverse est l'axe principal du manga et montre les capacités de séducteur de Yuki. Charismatique, ce Janus aux multiples talents possède toutes les qualités d'un grand acteur prêt à tout pour réaliser son voeu. Pour Tezuka, la séduction est intimement liée à MW et le sentiment qui s'en dégage est terriblement glauque. Privé du moindre sentiment humain, Yuki ne recule devant rien, brisant toutes les barrières et repoussant toutes les limites prépensées.

Le thème de la vengeance passe souvent au second plan et ne ressurgit que par de trop rares instants. Tezuka s'attaque aussi à une critique sociale en décrivant un Japon sous la menace des armes de destruction massive. Si proche d'Hiroshima et Nagasaki, cela a de quoi déranger à l'époque... Ajoutez y pêle-mêle l'amour refoulé, le poids des confessions, une critique sommaire du capitalisme, l'extrêmisme politique, l'importance de l'argent et vous vous rendez compte que le mangaka en a trop fait pour une oeuvre qui ne compte que trois volumes. Le scénario prend d'ailleurs un grand coup derrière la tête sur la fin avec un ultime rebondissement totalement bidonné.

Tezuka nous montre le pouvoir de sa plume. Outre un scénario d'une noirceur insoupçonnable, le père du manga nous offre une véritable révolution graphique. Les traits épousent plus le visage des personnages de manière adulte, les rondeurs sont beaucoup moins présentes que dans ses shônens mais le style reste tout de même aisément identifiable. Cependant, rien que pour voir Tezuka représenter la haine et l'inquiétude, il faut jeter un coup d'oeil à MW. Ne vous fiez pas aux couvertures peu aguicheuses et un quatrième de couverture horriblement vert, l'édition est de bonne qualité et le prix avantageux pour une série en trois volumes.

Finalement, l'oeuvre d'Osamu Tezuka perd en intensité à chaque volume et la toute fin est une véritable arnaque qui jette un discrédit important sur la qualité d'un scénario qui aurait mérité à être épuré. Un seinen du maître se respecte et revient tout de même à faire passer un moment terrifiant dans les pensées d'un psychopathe en puissance.

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