7.5/10

My Street

Le manhua ne demande qu'à s'exposer aux yeux de tous dans la veine de ses cousins coréens et nippons. Après le sublime Remember, Xiao Pan choisit une deuxième parution totalement atypique pour lancer sa collection. My Street est un mélange de la folie ambiante de FLCL conjuguée avec le trait accrocheur de Jun Nie dont la parenté graphique avec un auteur de Taiyou Matsumoto ne demande qu'à se confirmer au travers des prochains volumes de son oeuvre. Bien barré mentalement et complètement atypique par son ton, la sombre intrigue présente deux personnages perdus dans un lieu paumé. Dans la violence mafieuse omiprésente, l'attirance éprouvée par deux autres que tout oppose va-t-elle résister à une succession de galères sans fin ? Le tout empreint de réflexion de « guedin »... un mot qui résume parfaitement cet univers...

Délire urbain

My Street
My Street
Que faire quand on est jeune immigré asiatique, largué dans une banlieue européenne ? Pas d'autre choix que de plonger dans les bas-fonds ? Au menu : racket, vol, prostitution jusqu'au jour où ras le bol, on devient une balance. Et la mafia a horreur de ça! Echappant de peu à ceux qui veulent sa mort, Maoye est alors recueilli par une vieille folle. Soigné dans sa cabane remplie d'abeilles tueuses, il doit écouter chaque jour l'étrange histoire qu'elle lui raconte. Une histoire de jeunes fous, encore plus jeunes et plus fous que lui. En fuite, eux aussi... ais prêts à tout pour enfin trouver l'amour et la paix... à n'importe quel prix.

Poésie urbaine, poussière d'abeilles, impressions surréalistes tout droit tirés de l'univers de Salvador Dali, violence relativement banalisée mais aussi courtes tirades intenses faites par des anges à la recherche de leurs ailes. My Street évolue dans un monde à explorer, en perpétuel mouvement. Comme son nom l'indique, l'urbain est au centre de toutes les réflexions de Jun Nie. Des ghettos au centre-ville, l'auteur impose un style donnant de la matière à l'utilisation de l'espace, les espaces vides côtoient les espaces denses sans aucune transition comme une sorte de désordre organisé dans lequel les personnages se démarquent par d'improbables comportements. Si Maoye apparaît comme un être doué d'une sobre intelligence, le reste des personnages se traînent tels des zombies en mal de vivre, en attente de la réalisation de leurs rêves, la fille de la fourgue en tête de liste. Beauté sauvage et véritable embrouilleuse de première, cette dernière devient rapidement un nid à problèmes et l'essence même du récit...

Bzzz et Pan

L'ambiance évolue constamment entre tension, action, silences parlants et nouvelles rencontres farfelues. Le lecteur peut se retrouver aisément désarçonné par l'ensemble délirant, partant rapidement dans une embellie surréaliste. Les passages et planches voués à un large délire rappellent sans cesse l'hérésie de FLCL. Pourtant, autant le thème en demeure intéressant, autant le scénario ne se dégage pas tout à fait clairement et à suivre les pérégrinations des deux protagonistes dans ce monde post-apocalyptique, on en revient à se demander ce qui est vraiment dégagé. Pas de trame au sens propre excepté une vague histoire d'antidote. Et la rue réapparaît, toujours et encore, c'est elle le véritable dictateur de l'intrigue, les dangers y sont nombreuses, les rencontres peu communes, la candeur n'y a pas sa place, l'insensé y est roi.

Le style graphique s'avère particulier avec des personnages désossés, se contorsionnant tels des fils de fer vivants pour un résultat assez admirable. Le trait fin et précis de Jun Nie parvient à atteindre le sublime de temps à autre et sa version surréaliste donne de la diversité et du corps à My Street. Tantôt dépouillé, tantôt chargé, le manhua propose un éclectisme intéressant, un peu à la manière de Number 5. Cette comparaison peut aussi s'interpréter en ce qui concerne le ton sur lequel le manhua est traité, une sorte de mélange et de délicatesse et de fureur. Plus que convaincant. Chaque fin de volume est ponctuée de croquis de personnages apparaissant dans l'oeuvre, montrant l'élaboration des personnages et leurs traits de construction.

My Street s'impose à tout lecteur ayant aimé Number 5 ou FLCL ou prêt à se jeter dans une impasse faite de technologie improbable, de délires insensés et d'un joyeux petit monde aux goûts et aux couleurs uniques en son genre. Le travail de Jun Nie devrait trouver son plein potentiel à travers cette oeuvre, bien plus que dans Diu Diu. Alors n'hésitez pas, lire My Street c'est pas chinois...

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DYS

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