8.5/10

Nadia : le secret de l'eau bleue

Nadia : le Secret de l'Eau Bleue est le deuxième volet de la trilogie des studios Gainax, succédant à la série d'OAV Gunbuster et précedant Neon Genesis Evangelion. Découpée en 39 épisodes de durée normale, la série Nadia connût un succès honnête lors de sa première diffusion en 1990 au Japon. Mais, une fois n'est pas coutume, c'est le personnage de Nadia qui sera le meilleur ambassadeur de la série, son image figurera première au top des personnages féminins d'anime pendant plusieurs années. Encore aujourd'hui, cette série reste exemplaire en terme de scénario, et aborde un nombre important de sujets de manière très cohérente. Moins prise de tête que la série qu'elle annonce par son fond comme par sa forme, Nadia est une oeuvre intelligente, tour à tour drôle ou sombre.

A la fin du XIXeme siècle, à Paris, le jeune Jean accompagné de son oncle, assiste à une exposition. C'est là qu'il rencontre Nadia, une mystérieuse jeune fille, et Attila, son lionceau. Poursuivie par des brigands pour la pierre qu'elle porte autour du cou, il s'en faudra de peu - une intervention de Jean - pour qu'elle leur échappe. L'inventeur en herbe, tombé sous le charme de l'élégante métisse, décide de l'accompagner où qu'elle aille. Sans le savoir, par amour, il se lance dans une aventure qui sera le prétexte à une expérience hors du commun, et à une remise en question de ses certitudes quant au bien fondé de la science. De rencontres en rencontres, il apprendra que Nadia est la descendante d'une illustre famille royale, venant semble t'il d'un continent disparu depuis des années, l'Atlantide. Poursuivis par des opposants de plus en plus menaçants, ils trouveront aussi sur leur chemin des alliés précieux comme le capitaine Némo, chef du Nautilus, un sous-marin légendaire. Grace à lui, Nadia découvrira les raisons de l'acharnement de nombre de personnes envers elle, et plus précisément son pendentif.

Au niveau des influences, Nadia se base très ouvertement sur de nombreuses oeuvres. De Jules Verne à Myazaki, le scénario fait référence à des chefs d'oeuvres plus ou moins récents, et s'en sert comme d'une base solide à toute la série. L'époque, certains noms et certaines situations renvoient clairement à l'auteur de 20'000 lieues sous les mers et L'île Mystérieuse, ou encore au Château dans le Ciel de Miyazaki. L'ironie du sort voudra que Nadia soit aussi source d'inspiration à un long métrage, Atlantis de Disney. Quoiqu'il en soit, les diverses influences du scénario se joignent entre elles pour former un tout cohérent, dont la série se démarquera peu à peu pour devenir totalement libre d'une quelconque influence dans ses derniers épisodes. C'est là qu'elle prend toute son ampleur, par la réflexion proposée et l'ambiance autrement plus mature qu'à ses débuts.

Dés les premiers épisodes, Nadia et Jean sont confrontés à des épreuves souvent dures, qui auront une fonction initiatique. Face au danger, à la mort, les deux protagonistes deviennent de plus en plus adultes et apprennent à gérer leurs émotions. Naturellement, leur relation amoureuse s'en trouvera influencée en bien, et les deux héros s'épanouiront de manière à mieux faire face au monde extérieur. Néanmoins, dans certains cas, cette confrontation au monde réel peut être traumatisante, notamment dans le cas de Marie, petite fille d'à peine dix ans dont les parents sont assassinés. La pauvre enfant mettra plusieurs épisodes à surmonter le traumatisme, et ne sera jamais totalement rétablie. Pourtant, cela n'est pas pour autant négatif. En effet, la blessure de Marie sera plutôt une motivation pour elle, plus qu'un handicap. Nadia est une série positive, comme en témoigne l'ambiance en souvent légère, le choix des couleurs, souvent vives, et la pléthore de personnages secondaires, donnant une vraie vie à la série.

L'atmosphère bon enfant de certains épisodes reflète pourtant mal la force des propos développés tout au long de l'oeuvre. La personnage d'Argon, grand méchant de l'histoire, opposé à celui de Nemo, ainsi que l'époque choisie, illustrent très bien le conflit entre science et religion qui semble prédominer dans l'oeuvre. Si la cité d'Atlantis à été détruite, c'est par la force de la science, mais aussi par le fanatisme d'un chef religieux puissant. Science et religion liées ensemble et ne formant plus qu'un, voici un des thèmes principaux d'Evangelion. Seulement, ici, l'optimisme est de mise - faute d'une réflexion aussi poussée, pourra t'on dire. En effet, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, Nadia semble être le terrain d'ébauche d'Evangelion. De nombreux thèmes, personnages et costumes (les plug suits!!!) seront réutilisés tels quels ou de manière modifiée. Qui pourrait nier la ressemblance entre Nadia et Shinji par exemple? Pas Sadamoto en tout cas. Le designer reconnait s'être inspiré de son propre travail sur Nadia.

Nadia est une excellente série, mais qui, comme je l'ai dit plus haut, risque bien de rester dans l'ombre d'Evangelion. Pourtant, ce serait à tort. Néanmoins, on ne peut que reconnaître que Hideaki Anno, le réalisateur, s'est dépassé lui-même en créant Eva, quatre ans plus tard. Mais il est aussi évident que Nadia est une série bien plus sympathique, bien plus accessible et bien mieux équilibrée dans ses thèmes.

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2 commentaires

  • Anonyme

    24/11/2008 à 15h36

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    Bien plus que le simple "brouillon" de NGE comme l'ont prétendu certains, cet anime mérite sans conteste son statut de chef d'oeuvre culte de l'animation japonaise. Quoique la série souffre d'un scénario faiblard sur dix épisodes (23-30 et 32-33),  d'une animation pas toujours au top (début des 90's, n'oublions pas) d'un design inégal tout au long de l'intrigue et d'une VF tout bonneement ratée (casting parfois catastrophique, traduction très alléatoire, censure toute-puissante), elle n'a pas volé sa réputation. Des thèmes aussi cruciaux que le pouvoir de Dieu, la mort, l'amour, l'adolescence, le patriotisme exacerbé, la sience opposée à la nature, l'adoption, la quête des origines, le racisme sont développés finement (voir l'article "La mort dans Nadia", AnimeLand). La musique, les inombrables références intelligemment agencées, le doublage original, la profondeur des sentiments, l'intensé dramatique à peine voilée par des scènes "festives", le conflit tout sauf manichéen de Nemo et Gargoyle, leur lien affectif compliquant le tout... Toutes ces choses démontrent que Nadia n'est pas un DA pour enfants destinés à les "formater". A voir vers 14 ans pour profiter au maximum de ce que j'ai cité plus haut.

  • Anonyme

    12/03/2009 à 11h23

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    "Nadia et le secret de l eau bleue" est bien une histoire de lutte contre le racisme. Il est l histoire d'un melange des cultures alors que le mechant ici rappel le klux klux klan de l epoque de l histoire.


     


    Ainsi une COMEDIE MUSICALE pourrai voir le jour avec WARNER MUSIC CHAPELL avec pour role principale Shy'm.

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