5.5/10

Napoléon

L'Histoire occidentale ou orientale a déjà été sujette à de multiples interprétations par des auteurs de manga. Apportant un éclairage propre à leur culture, les versions prêtent soit à sourire, soit à adhérer pleinement à l'ensemble. Si Jésus, Bouddha ou Jeanne d'Arc sont déjà passés sous la plume des mangakas les plus divers, s'attaquer à la personnalité complexe de Napoléon relevait du défi. Et c'est un parfait inconnu Tetsuya Hasegawa qui s'y colle. Passant en revue la vie entière du général corse, l'intrigue valse entre véritables histoires et scénario romancés. Pour le meilleur et pour le pire.

L'aigle de guerre

Napoléon
Napoléon
L'épopée napoléonienne en manga. A travers plusieurs volumes, l'auteur retrace la vie de l'empereur, des grandes conquêtes aux moments d'intimité. Il retrace également la jeunesse de Napoléon Bonaparte et certains recoins obscurs de cette histoire. Dans les marges, l'auteur crée ses propres personnages, pour ou contre l'empereur, qui viennent à leur tour influencer de cours de l'Histoire.

Avec un destin comme celui de Napoléon, le scénario de Tetsuya Hasegawa ne pouvait prendre forme que rapidement. Avec son lot de rebondissements politiques ou de faits divers, le manga retrace l'Histoire copieusement selon le point de vue français de l'époque... avec un langage et des réflexions contemporaines. Si l'effet dérangeant du ton passe assez vite, les erreurs historiques et orthographiques des noms de personnages laisse pantois, la traduction s'avère désastreuse à ce niveau. Pour autant, ces détails gênants ne gâchent en rien le manga dans lequel les anecdotes intéressantes sont recherchées et exposées avec propos. Le gros problème consiste juste dans le fait que l'auteur a tenu à retracer chronologiquement la totalité des faits historiques, faisant apparaître des personnages et des événements anodins pour le scénario principal l'espace de quelques pages (le meurtre de Marat par exemple), histoire de combler. Les transitions en prennent un coup derrière les oreilles et le manga en qualité. Reste un Napoléon tout feu, tout flamme, bien dans l'esprit dans lequel on pouvait l'imaginer : ambitieux à souhait, vif d'esprit, impitoyable et fin tacticien de guerre.

A la conquête de l'Europe

En traitant la quasi-totalité des aspects de l'époque, le mangaka développe intégralement la fin de la monarchie absolue, la révolution, les périodes sanglantes du directoire, le consulat puis l'empire. Beaucoup, beaucoup, beaucoup (trop ?) d'événements à traiter en un seul même manga dont l'intrigue évolue avec une vélocité surprenante. Certains aspects ne sont que relevés, d'autres explorés avec profondeur et ce ne sont pas toujours les plus intéressants sur lesquels la lumière se fait... la vision de l'auteur est globalement juste mais en plaçant Napoléon dans une position manichéenne, il prend un parti pris contestable. Mais rien n'est caché au lecteur : les têtes qui volent au sortir de la guillotine, les complots politiques de dirigeants en mal de légitimité, etc...Le panel presque exhaustif argue d'un travail de recherche fourni et très intéressant en anecdotes.

Le dessin est d'une beauté effrayante. Il fallait oser représenter l'époque par un graphisme rappelant sans cesse Ken le Survivant et Jojo's Bizarre Adventure. Les traits de construction et les détails sont multiples, les bouches carnassières, les yeux en amande. Pourtant, le trait reste figé sur les passages d'action donnant une teneur très authentique à l'époque, comme des vrais tableaux dans lequel les personnages sortiraient du bestiaire de Ken. Certains personnages sont dessinés de manière caricaturale (Robespierre, Danton...) et passent plutôt mal. Au final, une impression mitigée se dégage du dessin, comme pour le scénario. Pas rébarbatif mais uniquement regrettable sur certains points.

Napoléon n'est pas un mauvais manga mais le scénario maintes fois développé n'a plus grand-chose d'original à moins de vouloir obtenir la vision orientale sur l'homme. Difficile de se faire une idée précise pour un manga dont on aimerait défendre le côté historique mais qui pêche parfois gravement dans le domaine artistique...

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1 commentaires

  • Prospero

    09/09/2006 à 13h01

    Répondre

    Je ne savais pas que Napoléon avait la tête du fils caché de Gatts et de Ken le Survivant ... On en apprend tous les jours !

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