9/10

Nausicaä de la Vallée du Vent - le manga

Si le film est bien évidemment reconnu comme un chef d'oeuvre de l'animation, le manga de Nausicaä de la Vallée du Vent illustre toute l'importance que Hayao Miyazaki a pris en une seule bande dessinée. Le manga se démarque par un scénario densifié qui s'étale sur sept volumes alors que le film ne reprend que les deux premiers. Avec des thèmes forts et un dessin impeccable, la séduction s'opère dès les premières pages et le voyage dans cet univers fantastique se propage entre bonheur et féerie. La reparution chez Glénat de cette oeuvre gigantesque ne devrait pas laisser indifférent de nombreux lecteurs...

La nature contre-attaque

Nausicäa
Nausicäa
Le monde industriel n'est plus. La guerre des ‘sept jours de feu' a provoqué de graves troubles, la civilisation est revenue des centaines d'années en arrière du point de vue technologique mais ce sont surtout les irrémédiables changements à la surface terrestre depuis mille ans qui sont frappants. Désormais, la Terre est recouverte d'une immense forêt luxuriante, le Fukaï, dominée par la faune locale particulièrement incontrôlable. L'écosystème a connu un développement aussi terrifiant que formidable, devenant une zone dangereuse pour les hommes qui se trouvent confinés près des littoraux lointains alors que le Fukaï ne cesse de s'étendre. Seule la verdoyante vallée du vent est relativement épargnée, devenant ainsi le centre d'attention des empires guerriers prêts à conquérir de nouvelles terres par tous les moyens. La situation est catastrophique ; reste l'espoir décrit dans une prophétie, l'attente d'un sauveur. Peut-être que ce sera la princesse Nausicaä à la fois proche des hommes et inconsciemment attirée par la forêt...

Même si le scénario n'est pas très original, la richesse des ses réflexions rend l'oeuvre pleine de qualités. Le résumé montre la partie visible de l'intrigue mais celle-ci se complexifie avec la découverte d'un monde qui se révèle posséder un contexte géopolitique déroutant, parabole certaine des conflits touchant aux réels problèmes environnementaux d'aujourd'hui à l'échelle du globe. L'environnement prend une place grandissante dans le film, l'ensemble des questions tourne autour du Fukaï. La force du scénario de Miyazaki est de prendre le problème à revers car c'est bien la forêt qui empiète désormais sur le monde des hommes, se vengeant des sévices subis pendant des siècles : la Terre se rebelle, la toute puissance humaine a disparu en même temps que sa technologie.
La disparition de la technologie est le résultat de la guerre, horreur absolue pour le réalisateur. A travers une majeure partie de ses films, Miyazaki s'est attaché à démontrer sa hantise et c'est certainement Nausicaä qui y parvient le mieux. Parabole une fois de plus. Un monde détruit victime d'une catastrophe, qui ressemble fortement à un désastre nucléaire, ravageant le monde et ayant des effets indéterminables sur la nature, créant une nouvelle espèce dominante ressemblant à des sortes de vers de terres qui auraient muté en gigantesques êtres rampants dont la conscience se révèle insondable jusqu'aux derniers instants. Ce monde renaissant est perdu, sous le joug de dangers non envisagés et dont les hommes sont toujours inconscients, à part la minorité de la vallée du vent. La bêtise des hommes avides de pouvoir et de possession supplémentaires est pointée du doigt sans complaisance.

Ecologie primaire

La narration plonge immédiatement dans le bain et le format papier laisse plus de liberté à l'auteur pour développer son univers et explorer en profondeur des thèmes qui ne sont que soulevés dans le film. Avec maestria et pas mal de talent pour introduire des situations et des propos inattendus, Miyazaki fait de Nausicaä un martyr qui en donnerait presque les larmes aux yeux. Sans crier gare, le lecteur se laisse séduire même s'il connait l'histoire et se laisse de nouveau surprendre par les multiples facettes du manga. Il est intéressant de noter que d'un support à l'autre, le mangaka a fait peu de concessions et que la grand epartie de son message soit reproduite de manière intacte. Du grand travail.

Graphiquement, Miyazaki s'offre le luxe de livrer un travail presque parfait. Etalé sur le temps, l'ensemble des tomes de Nausicaä bénéficie d'un soin particulier à travers lequel le peaufinage et le remplissage sont exceptionnels. Le trait est fin, proportionné dans une justesse relative, avec quelques hachures pour un rendu tout bonnement magnifique. Le manga est d'une richesse graphique rare, plein de détails et superbement servi par un découpage classique et clair. Ce travail illustre parfaitement les scènes retrouvables dans le film et laisse une impression en tout point somptueuse. Si Glénat a eu la bonne idée de servir le manga sous un grand format et avec un encrage plus que correct, le papier est trop fin, un peu transparent. Reste à voir si la nouvelle version qui sortira prochainement consentira à corriger ces légers défauts qui ne perturbent, cependant, en rien la lecture.  

Nausicäa reste à tout jamais un conte intemporel, parlant et important. Un chef d'oeuvre graphique et scénaristique tellement rare que reparution est un événement attendu depuis longtemps. Glénat l'a enfin compris. Merci.

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Bicyclette Rouge (La)

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4 commentaires

  • PetitRobindesBranchettes

    29/12/2005 à 08h55

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    J'ai enfin eu la possiblité de lire entièrement l'oeuvre de Miyazaki, qui m'a litéralement scotchée, enchaînant les nuits blanches, et qui est donc un pur chef d'oeuvre.Que dire si ce n'est que je retomberai encore difficilement sur terre...
    DESSIN : 8/10
    Le style Miyasaki comme on a l'habitude de le voir sur nos écrans.Sur cette oeuvre il arrive à nous montrer toute la saleté de la guerre par des traits uniformes ponctués par des multitudes de petits détails très prononcés du plus grand effet.Et même s'ils se ressemblent beaucoup les uns des autres, j'adore ce style humble.
    SCENARIO : 9/10
    L'écologie lié à la guerre est le thème récurant chez Miyazaki.On suit l'aventure de Nausicaa à travers ses multiples rencontres, pour atteindre l'apogée (pour ma part) de l'oeuvre se traduisant par différentes aventures des personnages secondaires, pour rejoindre l'héroïne en marche contre la folie humaine.Aussi épique que le Seigneur des anneaux, à qui on peut trouver beaucoup de similitudes, mais avec une tout autre touche, et toute aussi réussie.Beaucoup d'éléments des oeuvres à succès de l'auteur qui ont suivit se trouvent ici.
    FUN : 9/10
    C'est magique.Pour moi ces livres se vit comme un film.J'ai eu beaucoup de craintes lors de passages où batailles titanesque (les batailles aériennes, délicates à mettre en scène, sont superbes) rimaient avec lourdes pertes.S'attacher aux personnages crées par Miyazaki est une de ses specialités.Ma scène qui m'a le plus mis dans cet état fut celle où l'armée de Kushana tente désespérement de s'en sortir dans le tome 4, tout est beau, du sacrifice de Kurotawa jusqu'au chant de Kushana.
    ADAPTATION : 9/10
    Waaa, je ne connais pas la version originale, mais c'est un beau cadeau qu'a fait Glénat pour les fans.Sens de lecture respectée, grand format, traduction très complète...il y a pire en matière de pages transparentes, et je n'ai pas la réedition.En tout cas bizarre que l'éditeur n'ait pas continuer à réparer son erreur puisqu'on retrouve toujours des oeuvres dans le sens occidentale.
    INTERET : 9/10
    Une version animée intégrale ferait merveille pour cette histoire, avec des scènes superbement épiques.Elle ne ferait pas pâle figure face à des mastodontes tel que celle du SDA ou encore Matrix (les ruées d'insectes rappellant curieusement l'attaque des sentinelles.)Seule chose regrettable, j'aurais préferé que les protagonistes prennent plus d'influence à la fin de l'histoire, qui elle me paraît trop brutale et qui précédait de trop de dialogues un peu longuet.D'un autre côté, ça peut paraître drôle, mais je suis rassuré que je puisse trouver un repproche tant je ne m'en remettrai pas si ça n'était pas le cas.^_^

  • Choucroot

    30/12/2005 à 14h04

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    Ayant trouvé un mysterieux paquet dans les environ du 25 contenant, ô suprise, l' integrale de Nausicaa en manga, je suis en plein dedans.
    J' ai bien sur vu le film, mais il y a quelques temps déja, donc j' essai de lire sans trop penser a ce que j' ai pu voir, mis a part qu' avant meme d' avoir ouvert un tome je suis deja amoureux de Nausicaa .
    Bref.
    J' en suis au début du tome 3, et c' est grandiose.
    Visuelement, c' est le pied. Les dessins sont sobres mais ô combien soignés, tout est tres dynamique, fluide, mais en finesse et sans surcharge visuelle accompagnant souvent la notion de mouvement. La quantité de détail est impressionnante vu la taille relativement modeste des cases et des dessins ( je n' ai vu aucune planche faisant plus d' une demi page et la majorité en fond un 10eme - tres occidental dans la mise en page je trouve). Comme prévu, on reconnai immédiatement la pate du maitre, ainsi la nature en ébulition est tantot envoutante et poetique, tantot étrange et inquietante, tandis que les tres nombreuses machines volantes illustrent une fois de plus le génie créatif de Miyazaki, avec toutes les formes, tailles et envergures possibles et imaginables.
    L' histoire quand a elle est absolument passionnante, tant par son coté "l' Aventure avec un grand A" pleine de rebondissement et changement de direction, que par son coté profondement dramatique, et le message politico-ecologique sous jacent.
    Car oui, Nausicaa n' est pas un compte de fée. C' est une histoire dure qui nous est racontée ici, plus crue que ce qu' on a pu voir en animation, ou cargot de réfugiers se crachent sans pitier sous les yeux d' une Nausicaa impuissante. Enfin pas si impuissante que ca, la petiote.
    Et oui, car si le manga Nausicaa s' appele ainsi, c' est bien parce que son principal protagoniste porte dans son coeur le poid de tout les evenements qui auront lieu au court de cette épopée. Je n' irai pas par quatre chemin, Nausicaa est pour moi une des plus grandes heroïnes a avoir jamais vu le jour, tant par sa force de caractere, sa résolution, sa classe ( Nausicaa filant sur son aile volante ) et, bien sur, son humanité hors du commun. La bravoure incarnée en somme.
    Nausicaa c' est aussi des dizaines et des dizaines de personnages secondaires, tous interressants, dans des situations aussi differentes les unes des autres, complexes, et de tout les "camps". Comme a son habitude, Miyazaki nous épargne le manicheisme, et les personnages ont tous de bonnes raisons de faire ce qu' il font.

    En bref, Nausicaa est un pure chef d' oeuvre, et c' est une grande joie pour moi que de le déguster par petits bouts tous les soirs, même si on est souvent tenté de mettre le panneau "Ne pas déranger" a la poignée de sa porte, et se laisser entrainer dans cette épopée décidement pas comme les autres.

    Vive Nausicaa, vive Miya !

  • PetitRobindesBranchettes

    01/01/2006 à 22h46

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    Rah Choucroot la veine!!Chouette cadeau, même si je ne me plains pas de ce que j'ai eu...bien au contraire.
    Tu m'en dira des nouvelles pour la suite...le volume 4...
    C'est clair qu'elle en jette un max Nausicaa...forte, qui refuse mais n'évite pas la guerre tel une niaise comme on a souvent l'occasion d'en voir ailleurs, et terriblement humaine, au coeur pur.
    Pas pour rien que c'est devenu l'emblème des écologistes japonais.

  • Anonyme

    18/09/2009 à 21h09

    Répondre

    Eblouissant de pureté .... Merci pour ce chef d'oeuvre parmi les chefs d'oeuvre. Grandiose est surement trop faible. Merci pour tout  ... tout.

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