7.5/10

Nouilles Tchajang

« A dix-sept ans, je voulais devenir quelqu'un de responsable. Mais responsable de quoi ? J'ai cherché. Je n'ai jamais trouvé. »

Quand Chi kyu-Sok et Byun Ki- Hyun, deux manwhagas décident d'adapter un roman coréen intitulé Nouilles Tchajang de Ahn Do-Hyun, le résultat final est plus que probant. Et à l'instar de Jirô Taniguchi qui avait adapté le Sommet des Dieux de Yumemakura Baku on en vient à se demander pourquoi ce genre d'initiative est si rare.

A travers les yeux d'un adolescent de dix-sept, dix-huit ans, jeune commis de cuisine et livreur du restaurant chinois « La grande muraille », les auteurs nous font vivre le quotidien de ce narrateur peu banal, lycéen ayant quitté ses études et fuit sa famille.
A la manière du manhwa La Bicyclette Rouge (paru chez Paquet), sur un ton plus mature et réaliste, on vit au gré des tournées de livraisons, de son travail en cuisine les anecdotes douces, tendres, souvent amères des habitants du quartier.

Nouilles Tchajang
Nouilles Tchajang
« Eplucher des oignons, c'est un
peu comme se battre avec eux.
Il n'est pas facile d'en ôter la pelure
mince et sèche avec les ongles.
Surtout lorsqu'elle s'acharne
à vouloir rester collée.
Les oignons se défendaient
pour garder à tout prix la peau
qui les enveloppait. Et plus ils
me résistaient, plus je pleurais
en travaillant. »


Tels les oignons qu'il épluche chaque jour en cuisine, le narrateur remonte peu à peu le cours du temps. C'est dans ses moments que l'oeuvre révèle toute sa subtilité, que le talent des auteurs est le plus brillant. A travers le regard de cet adolescent, pas tout à fait adulte, on assiste à une plaidoirie contre certains aspects de notre société, ou tout du moins la société coréenne. Ainsi, si son père est un modèle social, attentionné envers son enfant, il se révèle un tyran envers sa femme. Celle-ci battue, se complait dans un rôle de victime.

« Ma famille se composait de mon
père, de moi, son fils unique, et d'une
femme de ménage, au visage couvert
de taches de rousseur. Avec moi,
mon père faisait toujours
preuve d'une grande gentillesse.
Quant à la femme de ménage, c'était
ma mère. Elle avait un caractère si
effacé qu'elle en paraissait invisible.
Ca me fait de la peine de parler de ma
mère comme d'une femme de ménage."

A travers ses extraits tirés du roman, mis en tête de chapitre, les manhwagas donnent le ton de l'oeuvre. Sans concession, sous un aspect lyrique, presque bucolique, l'ambiance est donnée, Nouilles Tchajang se veut résolument réaliste et aussi dénonciateur.
Sur fond de métaphore culinaire, le manhwa nous montre avec justesse ce difficile passage pendant lequel l'on devient adulte.

"À mon avis, Nouilles
Tchajang est un manhwa
à savourer lentement car
la fraîcheur de ses dessins,
pareils à des aquarelles, a
la qualité rare de stimuler
l'imagination poétique..."

Cette petite préface de l'auteur du roman résume parfaitement ce que l'on peut penser du dessin du manhwa. Tout en aquarelle, celui-ci est magnifique. Chaque planche pourrait se regarder comme un tableau. Le style graphique de l'oeuvre colle parfaitement à l'ambiance du manhwa. Les tons pastels sont en parfaite adéquation. Un gros travail sur les couleurs a été effectué. Ainsi, le dernier chapitre nous montrant le présent du narrateur est peint dans des tons noirs et blancs. L'opposition avec les couleurs du reste de l'oeuvre est flagrante. Si l'enfance du narrateur n'a pas été parfaite et sans heurts, tandis que sa vie actuelle est bien huilée, on peut pourtant se demander si malgré les problèmes son adolescence ne lui manque pas. Le code graphique de ce dernier chapitre est renversé. En général c'est le passé qui est montré en noir et blanc (dans un manga c'est le fond et les bordures qui jouent se rôle), tandis que là c'est son présent qui est représenté ainsi.
Au final, on ne peut que saluer le travail d'adaptation des dessinateurs. Force est de constater la qualité du dessin, que se soit dans les décors ou les personnages). On regrettera peut être un dessin trop statique (peut-être du à l'utilisation de l'aquarelle ?) et une mise en page conventionnelle.


Nouilles Tchajang est en quelque sorte la chronique d'un adolescent en quête d'identité, et de sens à sa vie. Un manhwa qu'il faut lire pour en apprécier sa juste valeur.
En tout les cas, les auteurs n'ont en aucun cas à rougir de leur travail en comparaison avec celui d'un Taniguchi sur Quartier lointain ou Le journal de mon père. La comparaison peut paraître flatteuse mais elle est pourtant méritée !

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