8/10

One Piece Film 5 : La malédiction de l'épée sacrée

Une épée sacrée, un épéiste maudit, une île fantastique, un peuple mystérieux... ce cinquième film One Piece mise tout sur une nouvelle aventure orientée heroic fantasy et mysticisme. Un résultat inégal, d'une beauté rare...

Le filon One Piece étant, on l'a bien compris, à la fois inépuisable (la richesse de son univers permettant une originalité et une efficacité renouvelés à chaque nouvelle aventure) et source de profit grâce au succès maintenant régulier de la franchise sur grand écran (après déjà quatre films et une promotion agressive en vue de chaque nouvel opus, les spectateurs/otakus nippons ont été fidélisés), la Toei Animation accorde un budget encore plus important que les précédents à ce cinquième film sorti au début de l'été 2004 sur les écrans japonais. Ce cinquième film donc, intitulé pompeusement La malédiction de l'épée sacrée (classe ? pas classe ? à chacun de voir), est confié à Kazuhisa Takenouchi, un réalisateur peu prolifique mais expérimenté car il a réalisé plusieurs épisodes de Dragon Ball et le troisième film de cette série culte (donc il connaît le principe) et qu'il a coréalisé le très musical Interstella 5555 avec l'immense Leiji Matsumoto, c'est déjà pas mal ! Pour le scénario, on prend le même et on recommence : Yoshiyuki Suga, scénariste du quatrième film One Piece : Course vers la mort (et scénariste ultra-expérimenté tout court, avec à son palmarès nombre de scripts tels ceux des séries Kenshin, Ranma 1/2, Saint Seiya, Slam Dunk, One Piece, Hamtaro et j'en passe !) reprend donc du service pour ce nouvel opus. Et puis, au vu de la qualité du quatrième film, on ne se plaindra pas !
En tout cas vous l'aurez compris, toutes les conditions sont réunies pour nous livrer un film solide, car la Toei Animation ne se permettrait jamais un échec commercial pour son shonen phare One Piece, mais ça c'est sur le papier. Mais dans les faits, que vaut-il ce cinquième film ?


Première surprise, La malédiction de l'épée sacrée commence fort. En pleine nuit, dans une ambiance infernale, un village est attaqué par des bandits. Cris, cadavres, combats... au milieu de tout ce fracas, un drame se noue. Pour sauver sa belle, un guerrier courageux et désespéré s'empare de l'épée sacrée, ce qui le ménera à sa perte... Mais revenons à l'équipage de notre cher Luffy. Nami la voleuse, toujours motivée par l'appât du gain, veut les conduire sur l'île d'Askar, sur laquelle se trouve, selon la légende, l'épée des Sept Etoiles, et un trésor. Cette légende dit que tous les cent ans, la lune rouge apparaît au-dessus de l'île, et conduit tous ses habitants à leur perte. Peu après, chassés par la marine, Luffy et son équipage sont obligés de se réfugier sur une île voisine. Malencontreusement séparés par les évènements, nos amis pirates vont découvrir la menace qui pèse sur le peuple du village d'Askar, puis la trahison de Zoro, envoyé par le terrible Saga pour récupérer les pierres de jade nécessaires à l'accomplissement de la prophétie qui annonce la résurrection de l'Epée des Sept Etoiles... Nos amis arriveront-ils à empêcher cette terrible malédiction ?


Inégal, mais tellement beau

Sur le plan visuel, on voit que le budget est au rendez-vous. Les images de synthèse sont superbes, très bien intégrées, et apportent un plus non négligeable à la caractérisation des décors (eh oui c'est à ça que doivent servir les images des synthèse, à améliorer un ensemble visuel, pas à le remplacer). Malgré tout certaines de ces images sont moins crédibles que d'autres, notamment le Vogue Merry (le bateau), mais dans l'ensemble elles sont réussies car discrètes, en effet l'accent est plutôt mis sur l'animation, toujours d'un très bon niveau dans One Piece. Comme d'habitude, l'animation est plus que satisfaisante (mais pas excellente, car étrangement certains mouvements dans les combats sont décevants dans le film), les mouvements des personnages sont fluides et les graphismes d'arrière-plan sont d'une beauté rare. De plus, la petite touche d'exotisme de cet épisode permet de renouveler encore un peu plus l'univers graphique piratesque de One Piece, en y insérant des éléments plus tropicaux, plus mystiques et bien mystérieux. Un pur régal visuel donc, joyeux et coloré, au sein duquel on distingue de superbes aquarelles et un character design très joli, qui laisse paraître quelques imperfections sur les plans éloignés mais sinon le résultat est très réussi et surtout fidèle à l'évolution de la série. Les corps des personnages sont donc de plus en plus minces, élancés, leurs visages un peu plus adultes. La qualité de leur design est même un peu améliorée par rapport à la série (grâce aux moyens et au temps dont l'équipe dispose pour faire un film, alors que les épisodes sont produits à la chaîne), mais on aurait pu exiger encore plus. Problème : d'un côté les fans de la série attendent de retrouver leurs héros dessinés comme d'habitude (comme dans la série donc), et de l'autre ils éspèrent voir des personnages plus beaux et plus réalistes dans les films, propices à un exutoire graphique certain... on dira que le compromis est plutôt réussi dans La malédiction de l'épée sacrée, même si on peut toujours demander mieux. Patience, les prochains films nous réserverons peut-être des surprises !

Définitivement orienté action sur fond de mystère et d'aventure, ce cinquième opus déploie une mise en scène énergique, inventive et très dynamique. Certains plans sont parfois très surprenants, notamment des travellings auxquels on est pas habitués. Ambition rimant avec risque (en fait pas vraiment mais vous me comprenez), ces expérimentations graphiques et scèniques réservent quelques surprises au spectateur, qui trouvera certains plans parfois décevants et d'autres fois tout simplement magnifiques (comme les poses de combat de Zoro par exemple, et d'autres scènes d'affrontements pleines de style). Ce parti pris d'exploiter pleinement l'inventivité et la liberté permises par l'univers de One Piece rendent donc ce film très intéressant, et même unique parmi ceux-ci, tant son équilibre entre passages/idées très bonnes ou plutôt moyennes est fragile.

Malgré tout, l'extraordinaire jovialité qui explose dès l'entrée en scène de nos héros préférés joue une fois de plus son rôle moteur dans l'oeuvre, et le fan se laissera très facilement emporter par cette ambiance inimitable, ce sentiment de camaraderie et d'aventure teinté de drame, d'émotion et soutenu par une bande son de toute beauté. C'est simple, nos oreilles assistent à un festival sonore tout bonnement grandiose, rempli à rabord d'envolées symphoniques et lyriques puissantes qui reprennent encore et encore les thèmes musicaux de la saga, pour notre plus grand plaisir. Car on ne se lasse jamais d'écouter la féérie musicale d'un One Piece, toujours remarquable, toujours aussi juste et prenante dans les scènes clés, toujours aussi équilibrée entre les thèmes des personnages, les nouvelles pistes aux sons plus exotiques pour coller à l'atmosphère mystique des lieux, cependant les morceaux les plus marquants qui nous transportent émotionellement tout au long du film sont un petit peu en retrait par rapport au quota habituel d'émotions fortes des One Piece, et ne nous achèvent que partiellement dans un climax graphiquement exceptionnel mais qui manque de mordant.


Le crépuscule des épéistes


Une légende mystérieuse, une île maudite sur laquelle vit un étrange peuple... ce cinquième film mélange donc à la fois nouveautés et les bonnes petites recettes qui font toujours le succès de One Piece. Comme le laisse entendre son titre, le film fait la part belle au personnage de Rorona Zoro (épée = épéiste), personnage très aimé des fans pour sa puissance et sa témérité. L'histoire vous fera découvrir une nouvelle partie de son passé, de ses motivations et de ses choix de vie, un passé qui le lie étroitement avec un autre personnage principal du film, au point de le faire hésiter à quitter l'équipage de Luffy ! Rien qu'une telle possibilité fait planer un parfum de drame constant sur tout le long métrage ! Ajoutez à cela une bonne dose de violence, d'héroïsme et la très habituelle et très attendue prestation de Luffy (comique au début, perdu au milieu et surpuissant à la fin, mais inconscient de ce qu'il fait tout du long, c'est comme ça qu'on l'aime !) contre un bad guy assez intéressant (Saga le beau gosse mégalomane), des personnages secondaires attendrissants (les villageois et surtout Maya) ou détestables (les sbires de Saga) s'affrontant au sein d'un scénario qui paraît un peu banal au début mais s'avère prenant au bout du compte.
Au final La malédiction de l'épée sacrée est un film violent touchant à certains thèmes de l'heroic fantasy (l'épée sacrée, la prophétie, etc.), une oeuvre romantique (je dirai même un peu trop niaise parfois) et dramatique, pleine d'action et d'humour, avec pour point d'orgue quelques très beaux combats se déroulant à la splendide lueur d'un ciel envahi par une mystérieuse lune rouge... Sublime.


On remarque en se rappelant des quatre premiers films et avec celui-ci que les adaptations cinématographiques de One Piece se veulent de plus en plus ambitieuses (la scène de la découverte du temple avec la jeune fille qui se baigne au son d'une douce mélodie pastorale interprétée au piano, ainsi que les paysages de l'île nous font penser à du Ghibli) au fil des années, ses créateurs montrant à chaque épisode l'étendue de leur savoir-faire technique impressionnant, suivant pas à pas les évolutions de l'animation nippone. Terrain de toutes les expérimentations, de toutes les folies, symboles d'une série qui s'impose progressivement comme le plus grand shonen de tous les temps, ces films nous montrent tout le potentiel de cette saga à l'inventivité et à la puissance émotionnelle inépuisables. Car même si dans ce cinquième film on déplore quelques passages trop moyens, trop mous ou trop puérils, on se laisse enchanter par la sympathie et la richesse de l'univers One Piece, et jusqu'à la dernière minute, on suit ce fim avec les yeux écarquillés et la bouche béante, pour finir totalement conquis avec un sourire de gamin heureux. C'est ça One Piece...
Cela dit, ce cinquième film a beau enchaîner les prouesses techniques, il n'est pas toujours passionnant et ce n'est pas le meilleur de la saga. Mais passer à côté serait tout de même une erreur, tant il est drôle et dépaysant !

[A savoir : à sa sortie en dvd au Japon, ce cinquième film se voit agrémenté d'un joli bonus intitulé "le Roi du Baseball", un mini épisode de 5 minutes dans lequel Luffy et son équipage devront affronter, dans un match de baseball, certains de leurs anciens adversaires. Amusant. Espérons que nous le retrouverons dans l'édition française.]

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