8/10

Orange

Fort d'un premier ouvrage qui faisait presque l'unanimité chez les critiques comme chez le public, Benjamin exprimait de nouveau son côté tragique et très personnel dans un nouvel album de son crû, Orange. Tellement tragique qu'il fut refusé un premier temps par son éditeur chinois avant de paraître quelques années plus tard, la faute à un sujet jugé trop déprimant. Mais dans la continuité de Remember, le manhuaji propose une histoire déchirante, à fleur de peau et à bout de souffle, une romance impossible sans fioriture dans un contexte très actuel, mettant à découvert la folie encombrant son monde artistique.

Orange amère

Orange
Orange
Elle est lycéenne mais elle se pose des questions existentielles sur sa destinée. Il est artiste et supporte difficilement le monde dans lequel évolue. Elle pense au suicide comme une échappatoire à ses blessures intérieures. Il se tue à petit feu, sans espoir de trouver l'étincelle qui lui manque. Elle voit en lui une icône. Il ne voit en elle qu'une fille de plus. Elle essaye de pénétrer son monde. Il va progressivement se laisser envoûter par son enthousiasme. Ils ne savent pas ce qui les attend. Ils veulent croire en une nouvelle vie mais le destin est trop fort...

Noir. Et non, orange. Cette intrigue sent le drame à plein nez dès les premières pages en explorant les méandres de la jeunesse chinoise. L'image frivole vole en éclat rapidement pour montrer une héroïne préoccupée et à la recherche d'elle-même. Qui est Orange ? Une lycéenne banale sous le couvert de son allure teenager mais avec un penchant pour le côté sombre de la vie. Désirant une protection masculine, elle ne côtoie que des désirs ambulants parmi les garçons de son âge mais son aura s'éveille à côté de celui qui ressemble à une loque humaine. Tombé au plus bas, cet artiste dont le nom n'est jamais évoqué incarne la réponse à toutes les questions de la demoiselle, trouvant auprès de lui un réconfort moral. L'un veille sur l'autre, et réciproquement. L'intrigue se construit dès lors comme une avancée vers un dénouement sans surprise mais tellement brutal que le poids des mots des dernières pages est un choc visuel. Le manhuaji narre cette brève rencontre à l'aide d'événements brûlants mettant en avant une jeunesse malade et les délires fous de l'artiste en général.

Entre fiction et réalité...

Le manhuaji aime nous perdre dans ses propos de postface en insérant quelques éléments qui contribue à établir l'hypothèse qu'il est l'artiste en question. Benjamin livre ainsi un autre récit personnel mettant en avant sa personnalité d'auteur torturé comme il avait déjà commencé à le montrer dans sa parution précédente. Mais ici, il n'est que le personnage secondaire, le protagoniste demeure bel et bien Orange et ses tentatives pour comprendre l'artiste malgré son manque d'expérience. Les souvenirs de la lycéenne sont évoqués au passé avec des réflexions plus profondes que celles qui sortent de ses bulles, comme si elle avait mûri. Mais après un dénouement tel quel, comment pourrait-il en être autrement ?

La couverture est le symbole du talent d'illustrateur de Benjamin. A elle seule, elle représente un attrait avec ce personnage fixant le lecteur avec un sourire invitant à découvrir l'intérieur du manhua sans se faire prier. Comme pour Remember, Orange met en avant l'environnement urbain d'un pays sur la voie du progrès urbanistique et par conséquent un mélange de couleurs à dominante vert bleuté censé représenter le gris, égayé de temps à autre par un soleil aux tons orangés. Le plus bluffant reste bien évidemment l'impression de réalité dégagées par des personnages qu'on croirait observer au plus près tant ils semblent proches de nous avec toutes ces émotions. Les dessins retouchés à l'ordinateur offrent une palette incroyable de créativité artistique. Si ce ne pas la mise en image ni le remplissage de premier ordre qui laissent rêveur, c'est encore une fois la capacité à sublimer les personnages pour les rendre diablement vivants...

Orange ne traite que d'une histoire superbement illustré et prenant aux tripes avec force. Benjamin livre une histoire forte avec un sujet aux faux semblants de Remember dont on se plait à apprécier le pouvoir narratif. Les chroniques de la vie de Benjamin ne passionneront sans doute pas tous les lecteurs mais la beauté pure de ses « fresques » ne devrait laisser personne indifférent...

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