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Orme du Caucase (L')

Jirô Taniguchi n'est plus homme à être présenté après des succès critiques comme Quartier Lointain, Au Temps de Botchan ou encore Le Journal de mon Père. Même si sa notoriété en a fait un auteur atypique dans le paysage du manga francophone, il n'en demeure pas moins un auteur méconnu, trop peu accessible pour la qualité de ses illustrations et de ses contes mélancoliques profondément ancrés dans la nostalgie, l'enfance et la poésie. En adaptant des scénarii de Ryuichiro Utsumi, le mangaka tire le meilleur parti de cette collaboration ponctuelle pour délivrer L'Orme du Caucase, un récit de huit nouvelles extrêmement touchantes chacune à leur manière.

Grâce et volupté

L'orme du Caucase
L'orme du Caucase
Quel lien pouvait caractériser ces huit nouvelles ? La tête tournée en arrière, le regard sensible et l'oeil mouillé, chaque nouvelle est une démonstration de puissance caractérisant l'attitude d'un monde contemporain ne sachant plus regarder autour de lui, prêt à sacrifier arbre, famille, amour pour tenir sa place dans la société un peu à la manière de L'Homme qui Marche. Des retrouvailles, des regards perdus, de déceptions, des joies de courte durée, des cris, des pleurs, des rires... Taniguchi dessine la vie en faisant prendre conscience à ses personnages de regrets et de sentiments cachés avec des réflexions superbement amenés par les scénarii tout en finesse d'Utsumi. Le talent de Taniguchi se montre encore une fois à son paroxysme. Seul le titre ne rend pas grâce à l'oeuvre car il désigne uniquement celui de la première nouvelle.

Si le travail du mangaka est salutaire, la qualité des intrigues amène tout autant de plaisir. Les récits d'Utsumi sont livrés clés en main pour une adaptation facilitée. Les thèmes récurrents exploités par Taniguchi s'y retrouvent, en maintenant toujours une dose de suspense incroyablement prenante qui se démarque de toute autre parution nippone dans l'Hexagone. Le drame humain ne laisse pas indifférent quel que soit l'âge des personnages. Comment rester insensible à la détresse de cette femme qui doit ravaler son orgueil pour passer du stade d'étudiante à la vie facile à celui de femme au foyer ? Comment ne pas prendre une leçon de courage devant cet homme qui ne souhaite pas être une charge pour ses enfants en dépit de son âge grandissant ? Ou encore devant la bleuette d'une mamie, amoureuse pour la toute première fois ? Tout en finesse et en sous-entendus, les intrigues se surpassent...

Du pareil au même...

Graphiquement, le travail du mangaka reste dans la même veine que ses précédentes oeuvres avec son trait proportionné aux allures réalistes qui exploite toutes les facettes de personnages humains et simples, avec un choix préférentiel pour le japonais vivant dans les quartiers typiques et non le ‘Tokyo hype'. Taniguchi cultive son sens de l'esthétique avec moult détails et fonds travaillés. Les planches se succèdent toutes plus somptueuses les unes que les autres. Seul bémol, l'amateur qui aura eu la chance de découvrir les autres oeuvres du maître ne pourra que constater que Taniguchi fait du Taniguchi, donc pas vraiment de surprise sur le plan graphique.

L'Orme du Caucase est à mettre au crédit d'un auteur qui sait se renouveler autour de ses thèmes de prédilection. Une seule citation suffira à refléter la qualité d'un ouvrage à mettre entre toutes les mains : " Comme s'il repoussait les nuages, l'orme dominait majestueusement, tel un géant attendant tranquillement sa dernière heure. "

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