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Pink

Homonyme de Mari Okazaki, Kyoko provient de la génération antérieure de mangaka à l'origine du néo-mouvement pour la libération sexuelle dans la bande dessinée asiatique. Avec Pink, nous voici plongés dans une oeuvre déjantée où les personnages plus insolites les uns que les autres se côtoient avec l'espoir d'un avenir meilleur. La joie de vivre malgré des conditions de vie précaire et l'envie de s'accrocher à quelque chose de spécial donne un goût osé à Pink. Agrémenté de scènes de sexe soft et d'une bonne dose d'humour, voici un des précurseurs au jôsei d'aujourd'hui. Au meilleur de sa forme.

Pinkie

Pink
Pink
Pink tient en vingt chapitres la surprenante chronique de la vie d'une jeune urbaine japonaise d'aujourd'hui. Yumi, 22 ans, inconditionnelle de la couleur rose (d'où le titre), partage sa vie entre son travail, son amoureux, son animal de compagnie (un crocodile !) ... et ses activités de prostituée occasionnelle. Sans faux-semblant, mais sans exhibitionnisme non plus, ce sont les multiples chassés-croisés et péripéties relationnelles de son quotidien qui nous sont racontés par le menu, pour une immersion au plus près du ressenti d'une jeune femme de son époque, tout à la fois fragile et tonique, désabusée et pleine d'espoir. Faussement anecdotique, subtil et profond, Pink est une réflexion passionnante sur les nouvelles incarnations de la féminité au seuil d'un siècle naissant.

« J'adore le rose. Pour moi, c'est la couleur du bonheur ». Pour Yumi, ce serait une philosophie totale se perdant dans les délires flashy d'une couleur voyante mais la jeune femme vit sa vie comme elle l'entend, s'inspirant de cette phrase pour tenter d'approcher le bonheur par tous les moyens... mais d'une manière « légèrement » décalée. Propriétaire d'un crocodile, office lady le jour mais call-girl la nuit, Kyoko est une extravertie refoulée. Derrière les leçons de morale donnés par ses clients à la fin de l'acte, la jeune femme progresse vers son idéal jusqu'à croiser la route d'un étudiant introverti qui ne demande qu'à devenir extraverti, son pendant masculin pour le bonheur voulu. L'un pour l'autre, ils vont se tenir par la main, se détester, s'offusquer et s'aimer avec un animal préhistorique en toile de fond. Pas de délire ambiant, juste de bonnes crises de rire à se rappeler une fois le livre posé. La mangaka crée une ambiance exceptionnelle où le sexe ne sert que d'exutoire aux deux êtres pour s'affirmer.

Yummy !

Si Kyoko Okazaki parvient à nous faire aimer ses personnages, c'est sans doute par leur côté atypique, un peu perdu et vraisemblablement intemporel. Les deux correspondent à des portraits de la jeunesse désemparée d'aujourd'hui avec une exagération très poussée vers l'extrême de l'absurde. L'addition de deux êtres aussi différents que semblable donne un cocktail explosif auquel vient s'ajouter un détonateur (la soeur de Yumi) et un retardateur poilant (le croco). Les relations hommes/femmes sont au centre de toutes les conversations, tout comme la poursuite du bonheur. Quand deux personnages barrés entretiennent une lueur d'espoir, tout devient possible... Sakka se place dans la ligne directe Mlle Ôishi, premier titre convaincant de sa branche jôsei, Pink en le deuxième dans un genre similaire.

Le trait d'Okazaki peut sembler maladroit mais il incarne parfaitement les personnages, en leur donnant cet instantané de folie dans la démarche et l'émotionnel avec un SD quasi permanent. A l'instar de son prédécesseur dans la collection, Pink manie avec aisance des personnages à la fois simple et travaillé dans un fond épuré les trois quarts du temps. A l'inverse, le découpage est beaucoup plus dense, intense, les cases se multiplient avec peu de dialogues à se mettre sous la dent. C'est certainement la faiblesse du manga qui compte trop sur son dessin pour matérialiser des émotions pas toujours aisément perceptibles sur ses personnages énigmatiques. Un petit moment s'avère nécessaire pour assimiler le contenu et le contexte...

Pink s'évertue à nous offrir une intrigue riche et amusante dans un one-shot made in Sakka, soit une édition de qualité supérieure. Un jôsei fort sympathique qui ne révolutionne pas le genre mais qui possède suffisamment d'atouts pour constituer une lecture envisageable à court terme. Autrement dit, à dévorer sans se poser de question.

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