8/10

Pompoko

Tout amateur d'animation, quiconque s'y connaissant un tant soit peu, connaît le grand Isao Takahata. Peut-être pas par son nom, mais par ses deux oeuvres les plus marquantes, le Tombeau des Lucioles et dans une moindre mesure Mes Voisins les Yamada. A ces deux-là, les vrais connaisseurs pourront ajouter Kié la Petite Peste ou Goshu le Violoncelliste. Mais au final, on ne connaît que bien mal le réalisateur japonais. En France, il reste pourtant très largement dans l'ombre de son collègue Miyazaki. Pourtant, en plus de 20 ans de carrière, le bonhomme doit bien avoir d'autres cordes à son arc, d'autres chefs d'oeuvres de la trempe de celui qui l'a rendu mondialement connu.
Pompoko date d'une dizaine d'années, alors que le choc post-Totoro n'est pas encore digéré, et encore moins dans les studios Ghibli, d'où la bête est issue. Takahata sort donc une fable écologique au ton léger et simple d'accès, éthéré par du fantastique et de l'humour, mais pourtant très sérieuse dans le choix du sujet.

Les tanukis sont des espèces de ratons laveurs japonais, ayant jusqu'à récemment peuplé les forêts de l'archipel. Dans la tradition populaire, ce sont des génies sylvestres doués de pouvoirs magiques puissants. La récente disparition de leur espèce s'explique par la destruction de leur habitat naturel. Aujourd'hui, la race des tanukis est au bord de l'extinction, la plupart de ces représentants en étant réduits à faire les poubelles dans le milieu urbain, l'autre partie s'étant, selon la légende, tout simplement transformée en êtres humains pour se confondre à eux.
En s'inspirant de troublants faits divers rapportés de chantiers et de villes nouvelles construites aux abords des bois, Pompoko raconte la lutte perdue d'avance de ces animaux contre l'inéluctable et perfide morsure du progrès ainsi que la déforestation. Ce film est donc clairement engagé contre la destruction de la nature et la folie dévastatrice des hommes, sujet central et noyau de toute la philosophie des studios Ghibli. Il n'empêche que Takahata se distingue ici clairement de ce que fera un Miyazaki déchaîné avec Princesse Mononoké ou tout simplement l'oeuvre de référence du début des années 90, Mon Voisin Totoro. Si le message est aussi frappant et clair que dans le premier, et si le rire est le maître mot comme dans le second, Pompoko joue dans un registre pour le moins inattendu et inhabituel.

A vrai dire, tout l'intérêt de Pompoko réside dans ces petites créatures qui vivent en société dans les forêts sur le modèle des schtroumpfs, c'est-à-dire un big boss respecté par tout les autres. Les tanukis ne sont pas particulièrement brillants et leurs passe-temps oscillent plutôt entre la glande pure et dure, les fêtes bruyantes et alcoolisées et la perduration de l'espèce. C'est là qu'on se demande vraiment si la distribution en Europe a bien cadré son tir en visant un public d'enfants, car certains éléments de Pompoko seront très difficilement compréhensibles par des fans moyens de Pokémon ou Sakura. Quand on voit d'où les tanukis tirent leurs pouvoirs magiques et comment ils en font usage (et ce dans une scène hilarante et au prix d'une des répliques les plus inattendues du monde du cinéma), ça casse pas mal le mythe ancestral d'où ils sont issus. Puis on se dit qu'il y a un sacré décalage avec ce que promettait la bande annonce française et que le réalisateur du Tombeau des Lucioles a quand même un sens de l'humour assez... Piquant...

Alors, oui, Pompoko est d'un niveau de bon goût légèrement en deçà de ce qui ce fait dans les studios Ghibli d'habitude, mais Takahata sait aussi être très sérieux quand il le faut. Ainsi, il montre qu'à force de se bourrer la gueule à longueur de journée, les tanukis se montrent impuissants face aux hommes qui détruisent leurs forêts une par une. Il y a quelque chose de tragique dans cette lutte de plus en plus désespérée contre la destruction de la nature, où le bonheur se perd peu à peu. Les efforts de nos amis les tanukis se soldent par de cruels échecs ou, pire, ne font qu'accélèrer l'inévitable.

S'achevant sur une note plutôt légère, Pompoko est avant tout un divertissement de deux heures (peut-être un peu long sur certains dévellopements soit dit en passant) peuplé de personnages délirants comme les trois vieux maîtres tanukis qui se prennent pour des rock stars. On n'a peut-être pas l'imposante prestance d'un Tombeau des Lucioles, loin de là même, mais Pompoko est loin d'être une oeuvre de débutant.

A propos de l'auteur

10 commentaires

  • Bzhnono

    20/01/2006 à 00h08

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    Depuis 12 ans qu'on l'attendait, les districuteurs ont enfin daigné sortir ce grand film d'animation des étagères où il commençait à prendre la poussière.

    Il est impressionnant de voir que s'il date de 1994, l'animation de ce long métrage n'a pas pris une ride, de plus le sujet qu'il évoque et plus que jamais d'actualité.
    Takahata réalise un film où l'humour et les questions sérieuses se succèdent, il est d'ailleurs impressionnant de voir que ce grand monsieur de l'animation nous fait passer du rire au sérieux quand il veut et que force est de constater que ça marche.

    On rit vraiment beaucoup avec ces joyeux lurons que sont les tanukis, mais on réflechit aussi pas mal, une belle conciliation de deux termes assez antagoniste.

    Vraiment, du grand Takahata, du grand Ghibli.

  • Neofire

    22/01/2006 à 21h44

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    Une petite erreur dans cette critique : au moins deux autres Takahata(certes pré-Ghibli) sont sortis en France : Kie la petite peste l'année dernière et Horus celle d'avant(et il me semble que Goshu le violoncelliste est également sorti, il y a de ca quelques années).
    Sinon, la critique n'appuie pas assez à mon gout sur la noirceur du propos, surtout palpable dans la dernière demi-heure, assez avare en lueurs d'espoir (à ce propos, la fin du film est pour moi tout sauf légère), et la liberté de ton et de rythme propre à Takahata.
    Un chef d'oeuvre total pour ma part, saupoudré de touches d'humour improbables(le coup d'état, l'arrivée des sages Tanuki, ...), à peine parasité par une voix off trop présente. Et quand le film se tait, il atteint des sommets de grâce égalant presque ceux de Totoro

  • hiddenplace

    22/01/2006 à 22h50

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    Tout est dit dans la critique, un grand moment d'humour et de réflexion, doublée d'une animation digne des tout derniers nés des studios Ghibli (oh, mes aïeux, la déclinaison de tons choisis pour colorer la forêt... )

    Les petites bêtes sont vraiment charmantes (même si je préfère les totoros ), et on s'attache d'autant plus à elles qu'on les voit progressivement disparaître...

    Et là je rejoins la fin de la critique de Jade (et le message de Neofire), c'est que la voix Off est pour moi vraiment superflue: les scènes et les dialogues se suffisant à eux même, cette voix (pas très agréable d'ailleurs... même en VO) fait redondance, et monopolise notre attention (sans parler qu'il faut suivre bcp de sous-titres du coup ... les pauvres enfants qui étaient dans ma salle^^) qui aurait pû se fixer sur les petites subtilités de l'animation.
    Et je suis d'accord aussi pour les quelques longueurs, un film d' environ 1h30 aurait été plus judicieux...

    Le propos n'en est pas moins captivant... et surtout préoccupant. Un très beau film, qui peut amener de belles réflexions écologiques, et encore davantage chez les enfants...


    petite question: j'ai vu dans les crédits: "planning: Hayao Miyazaki"... ça veut dire qu'il fait quoi au juste?

  • Djak

    22/01/2006 à 23h03

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    u'il supervise, il me semble, il est ausi a l'origine de l'idée de base du film. Dans tous les cas vu que c'ets un film de ghibli et qu'il est cofondateur il avait forcement son mot a dire.

    Vivement le prochain ghibli, adaptation d'un roman de Le guin

  • schiste

    23/01/2006 à 02h59

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    Djak a dit :
    Dans tous les cas vu que c'ets un film de ghibli et qu'il est cofondateur il avait forcement son mot a dire.


    Oui, enfin l'autre co fondateur c'est Takahata... je pencherais plus pour la premiere version que tu donnes Djak que la seconde. De plus je me souvient un documentaire sur l'histoire des studios Ghibli qui montrait que les deux réalisateur travaillaient énormément ensemble sans toute fois le mentionner à chaque fois...

    Donc je pense que pour Pompoko, Miyazaki a réellement bossé dessus

  • Jade

    23/01/2006 à 17h26

    Répondre

    Bien vu neofire, il y a là négligeance de ma part, et je vais changer le début de la critique (ce qui est dommage parce qu'il me plaisait bien).

  • juro

    10/07/2006 à 22h54

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    Je ne me suis pas ennuyé une seconde aux cotés des tanukis. On passe par toutes les émotions du rire aux larmes en prenant une formidable leçon d'environnement et d'urbanisme. Takahata expoloite la petite touchede folie qu'il avait déjà mis dans Mes Voisins les Yamada. Après question animation, Pompoko a quand même pris un petit coup de vieux mais s'en tire agréablement bien. A classer avec les meilleurs Ghibli.

  • naweug

    11/07/2006 à 09h56

    Répondre

    Il n'y a que moi qui ai été traumatisée par le fait qu'ils se servent de leurs testicules pour faire des nappes et autres ustensils ?

    Je l'ai trouvé quand même bien long, et à tel point que je me suis endormie devant..

  • juro

    11/07/2006 à 13h14

    Répondre

    Il n'y a que moi qui ai été traumatisée par le fait qu'ils se servent de leurs testicules pour faire des nappes et autres ustensils ? tzgrskz


    Ca fait parti du folklore japonais... me demande pas pourquoi par contre

  • naweug

    12/07/2006 à 18h05

    Répondre

    Comment tu me déçois !

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