8/10

Porco Rosso

De toute la vaste filmographie de Hayao Miyazaki, Porco Rosso est son film le plus politique, par conséquent le plus adulte, et peut-être ainsi le moins merveilleux de tous. Cela n'empêche pas la qualité d'être toujours au rendez-vous, et à ce rêve peuplé de décors incroyablement beaux de faire son effet sur les plus grands comme sur les plus jeunes.

Transformé en cochon pour d'obscures raisons, l'aviateur Marco Paloto vit seul sur une île paradisiaque dans l'Adriatique, sur les cotes italiennes. Il s'est vu attribué le surnom gentiment moqueur de Porco Rosso, le cochon rouge, par le peu de personnes qu'il fréquente encore. Seule la chanteuse Gina, propriétaire d'un bar pour aviateurs et amie d'enfance de Marco l'appelle encore par son prénom. Tout deux s'aiment sans oser se l'avouer, certainement en mémoire du mari défunt de Gina, et ami de Marco.
Porco n'a pas que des amis, surtout parmi les pirates de l'air, qu'il traque sans arrêt avec son hydravion rouge. Bien que transformé en cochon, il reste un as du pilotage, sans un seul concurrent digne de lui dans toute l'Adriatique. Seulement, la venue de Curtis, un aviateur Américain aussi perfide que pervers donnera du fil à retordre à Porco Rosso.

Avant tout, il faut savoir que Porco Rosso se veut être un hommage au père de Miyazaki, constructeur d'avion pendant la Seconde Guerre Mondiale. On ressent bien entendu cet hommage à travers le personnage de Piccolo, constructeur d'avion et ami du héros. Mais c'est plus que tout la passion de Miyazaki pour tout ce qui vole et les grandes étendues aériennes déjà entrevues dans le Château dans le Ciel qui font une grande part de la beauté de ce film. Beaucoup d'autres thèmes propres à Miyazaki se retrouvent dans Porco Rosso, ne serait-ce que la présence du cochon, animal fétiche du réalisateur (avec Totoro, bien sûr) et élément quasi récurrent de ses oeuvres.

Le cochon, voila un animal qui bien souvent à été associé à l'homme, allez savoir pourquoi. Ces animaux au demeurant fort sympathiques ont prit dans l'imaginaire collectif une place assez peu enviable. Manipulateurs, vicieux et inhumains dans tout les sens du terme dans La Ferme des Animaux, Miyazaki s'approprie ici l'allégorie orwelienne dans un cadre bien plus respectueux envers nos amis porcins, car Porco bien qu'un peu rude au premier contact, est doté d'un coeur d'or, comme le constatera Fio, la fille de Piccolo.
Reste pourtant le coté engagé, l'histoire se déroulant entre les deux guerres mondiales, lors de la montée du fascisme en Italie. Effectivement, devant le vide juridique occasionné par les cas de cochons dotés de conscience propre, Porco se retrouve dispensé de tous les devoirs du citoyen normal, et se pose inévitablement en référent extérieur à la société. Ainsi découvre t'on une société où tout les hommes sont à l'armée et où la police du parti fait sa loi. Et à Porco d'avoir le dernier mot : ‘Je préfère encore être un cochon décadent qu'un fasciste'.

Mais Porco Rosso reste avant tout une sublime histoire d'amour en demi-teintes, bercée par une superbe bande - son aux accents méditerranéens signée Joe Hisaishi et une certaine nostalgie d'une époque en train de s'achever. La fin en touchera plus d'un, et c'est avec joie que l'on constate que dans tout les cas Miyazaki fait du lyrisme une des valeurs indispensables de ses films. Soulignons la version française de qualité avec l'immense Jean Reno en Porco Rosso, rôle qui colle à la perfection avec son personnage d'Enzo dans le Grand Bleu.

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4 commentaires

  • Anonyme

    22/01/2005 à 19h43

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    Ahhhhh, Porco Rosso.

    Mon Miyazaki préféré!
    *serre très fort dans ses bras le DVD edité par Studio Canal (trop introuvable maintenant)*

    La poésie de ce film me chamboule à chaque visonnage. Cet amour qui est là mais ne se réalise pas.
    Quel charisme aussi pour les personnages. Surtout Marco, le cochon chasseur de prime, qui est doublé dans la VF par nul autre que Jean Reno! Le doublage VF est d'une qualité exceptionnel d'ailleurs et, fait rare, il dépasse en qualité celui de la VO.

  • StanKickAss

    28/01/2005 à 21h22

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    Tout à fait d'accord ! C'est vraiment puissant, émouvant, et on sort de là en réfléchissant (et j'aime bien ça perso quand on se pose bcp de questions lorsque l'on sort d'un film ). J'irai un peu plus loin même... en fait j'ai vu pas mal de miyasaki, j'aime bien son style graphique comme dans son manga Nausicae, mais ces trois derniers films, ben pour dire vrai, je me suis endormi devant (et en plus c'est vrai! ). Ben ouais, que ce soit princesse monotok, le voyage de chakira, et le chateau ambué ! ben j'ai pas tenu. Ca part dans tous les sens, il y a peu à comprendre parce qu'on est dans l'onirisme pur et dans l'imagination délirante, ce qui casse le rythme...et que l'on s'endort...! en tout cas moi ça m'a fait cet effet là. J'esp que c'est la même chose pour d'autres car g l'impression d'être anormal . Non mais sincèrement, et plus sérieusement, je ne crie pas au génie en tout cas, comme bcp le font sur ses 3 derniers films. Pour moi Miyasaki a été très bon dans ses oeuvres engagées comme l'était Porco Rosso et le manga cité plus haut, mais pour le reste,.... ???

  • Kikkoman

    08/02/2005 à 23h06

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    Je suis 'assez' d'accord avec DebouPiedAuCul, on ne peut pas apprécier tous les films de Miyazaki. Perso suis pas fan du 'voyage de titiro' ni le 'chateau du fiel', y a de l'imagination mais les scenarii sont trop kunfu (prononcez confus) pour moi.

    En tt cas les films de Miyazaki me font penser à un chef cuisinier qui reinvente à chaque fois un nv plat avec les ingredients qu'il a l'habitude de manier...
    On peut esperer que sa derniere recette serait l'aboutissement ultime de ce maitre en histoire fumante.

    Revenons à Porco Russo. Je viens de voir ce film ce soir... Vraiment pas mal... facile à regarder et facile à comprendre, comme tous ses films d'ailleurs (Titiro c'est kunfu mais facile à comprendre). Les 2 points enigmatiques sont :
    1) Comment/Pourquoi Porco Rosso est devenu un cochon ?
    2) Pourkoi Porco Rosso ne se montre po à la fin ?

    Je pense ke si on arrive à repondre la 1ere q°, la 2eme serait evidente (l'explication de la 2eme serait la suite logique de la 1ere reponse).
    Ce n'est pas la peine de le demander à Miyazaki (il est comme nous, il ne le sait pas non plus). Une enigme est meilleure si l'auteur lui meme ne connait pas la reponse (dicton ancestral datant de ce soir).

    Franchement je voudrais connaitre la reponse à mes q° concernant Porco Rosso... J'ai fouillé tt l'internet et personne n'a pu me repondre....
    Pour ne pas mourir con, je vais essayer de repondre moi meme.

    Porco Rosso etait un homme, comme tout homme il est bipede. Porco Rosso est un bipede.

    Dans le film, Porco Rosso raconte qu'il a vu le couloir blanc de la mort. Dans sa version, c'est un couloir de nuage blanc qu'il a vu avec au dessus la voie lactée (normal pour un aviateur). A ce moment il etait encore un homme. Comme tt les gens qui ont vu la mort de pres, il ne sort pas indemne de cette experience. Depuis cela il voit la vie différemment. l'apparence physique, la thune etc n'ont plus d'importance (il vit sur une ile penard)... il se laisse aller, il prend du poids, il s'ammochit presque à ressembler à un gros porc (un bon vivant koi, et ki ne se soucit de rien).
    La seule chose dont il n'est pas insensible comme un porc, c'est le 'baiser' des femmes (là il redevient un peu comme un homme qd il rougit).

    A la fin, il ne montre plus signe de vie. C'est soit il est mort soit il est vivant (eh oui, c'est une logique imparable). En fait je pense qu'il n'est pas mort... Pour pas 'redevenir' trop humain à cause de l'amour que portent les femmes envers lui, Porco Rosso choisit de s'eclipser pour de bon pour mener sa vie loin des hommes (technique de Boudda, se detacher de tout en laissant femme et enfants derriere). Porco Rosso vit comme un cochon insouciant pour eviter la souffrance humaine (l'amour est source de bonheur mais aussi parfois de souffrance)... Pour ne pas rencontrer la souffrance, c'est en l'evitant qu'on peut l'eviter. Telle est la technique de Porco Rosso le cochon... (j'ai abbregé un peu , car je vais me coucher.. ciao les zamis)

  • Anonyme

    20/03/2007 à 16h49

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    Pour répondre à vos questions, je pense que Marco est revenu vivre à l'hôtel de Gina, incognito, après avoir retrouvé son apprence humaine. Cependant, il a fait en sorte que son apprence humaine se rapproche beaucoup de ce qu'il avait l'air en goret... Ce qui me fait dire cela? Avez-vous remarqué, à la fin de PORCO ROSSO, un homme en train de nettoyer un club de golf avec un canotier sur la tête (celui de Fio?) en écoutant la radio, et tout proche des pirates de l'air? Pour moi, c'est Marco.
    Qu'en pensez-vous? Je n'ai jamais rien trouvé qui puisse me donner tort ou raison... alors je reste persuadée que j'ai raison.

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