7/10

Princesse Saphir

De sa longue lignée de héros charismatiques, Osamu Tezuka est parvenu à créer quelques référents au genre parmi les plus connus qu'il apparaît nécessaire de placer sous la lumière comme des héros ayant donné leurs traits à ceux d'aujourd'hui. Ce début de critique extrêmement présentatif et convenu de critique ne doit pas cacher le FUN dégagé par Princesse Saphir, un manga en avance sur son temps ! En effet, qui aurait pu penser que le mangaka n'aurait pas hésité à mettre en valeur un personnage passant pour un être ambigu et changeant d'état sexuel. Variant entre l'homme, la femme et l'hermaphrodite, Princesse Saphir reste le personnage d'un des shojô les plus intéressants...

Extravaganzaaaaa !

Princesse Saphir
Princesse Saphir
Au royaume de Silverland, la naissance de l'héritier de la couronne bat son plein. L'effervescence est à son comble concernant le sexe de la descendance car seul un petit homme sera habilité à prendre la succession... Pendant ce temps là, aux cieux, le malicieux ange Tink vient de commettre son nouvel acte de chenapan en influençant le destin sexuel d'un nouveau né, celui-ci s'avérant justement être le prince en question. A sa naissance, Saphir est une fille avec un coeur de garçon, ce qui va entraîner de nombreux désagréments d'identité, d'amour mais surtout des tentatives de destitution entamées par le sire Durlamin et le machiavélique Nylon...

Princesse Saphir est un shojô de 1977 mais pourtant il est plus que jamais d'actualité et énormément plus travaillé que la faible production contemporaine. Mêlant habilement histoire de princesse et d'amour avec tous les éléments récurrents au genre, l'auteur ne se contente pas de ses simples ficelles pour construire un scénario cohérent. Spécialiste reconnu du shônen, il prend le pas de conter un récit d'aventure sans la naïveté traditionnelle dans la narration typique du genre. Les trois volumes enchaînent une histoire à mi-chemin entre la quête initiatique et une romance cachée au long cours. Pourtant, le thème prédominant du scénario reste la découverte de soi malgré l'ambivalence des sexes et du caractère qui y est lié. A travers son intrigue, le mangaka a influencé bon nombre de ses jeunes collègues qui n'en ont gardé que le côté simpliste ou rigolo avec réussite (Ranma ½). Derrière le conte et son titre se cachent les valeurs du shônen (courage, force...) et du shojô sans guimauve (tragédie familiale sans apitoiement). Particulièrement actif sur son intégralité, le mangaka prend les usages des contes de fée européens pour leur donner une connotation nipponne divertissante par des gags caractéristiques à la personnalité de son auteur.

Reine de la Gay Pride

Si le scénario est couru d'avance, l'entrée de nouveaux personnages au cours de l'intrigue permet de relancer constamment l'intérêt du manga en complexifiant la tragédie vécue par le protagoniste hermaphrodite. Si celles-ci existent bel et bien, elles sont régulièrement tournées en dérision par des anachronismes, des jeux de mots et surtout des mises en situation dont l'auteur garde le secret. Princesse Saphir entre quasiment dans la norme tezukiste des oeuvres shônen si les relents amoureux du personnage principal et sa grâce reflété par le chara design performant de l'auteur ne donne définitivement une convention shojô très marquée. L'univers est riche en éléments moyenâgeux sans pour autant s'y enfermer. Et finalement l'oeuvre se déguste agréablement en consacrant Nylon comme un fourbe sans vergogne, personnage certainement le plus intéressant du manga.

De sa palette graphique, Osamu Tezuka sort un as de sa manche pour adapter son trait shônen arrondissant à celles du shojô en étirant la partie inférieure des personnages féminins pour leur donner un côté royal et beau qu'il utilisait déjà pour caractériser les personnages féminins, à travers Ayako notamment. Le rendu est à la hauteur de ce à quoi le maître mangaka nous a habitué, les personnages évoluent facilement dans un monde féerique avec un chara design plaisant et dynamique (même si bien évidement moins qu'aujourd'hui).

Après l'anime diffusé durant les années 1980, Princesse Saphir sort chez Soleil et met à mal les autres shojôs autocentrées sur des relations d'amour simples et sans intensité. Osamu Tezuka ne déçoit pas, restant dans son credo de proposer des mangas divertissants pour tous avec des histoires travaillées et des personnages qui leur correspondent.

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