8/10

Prophecy - Nostradamus est chez Ki-oon !

« Voici mes prévisions pour demain… », c’est avec cette petite phrase intrigante que Paperboy, un étrange jeune homme affublé d’un sac en papier sur la tête, annonce ses futurs crimes via des vidéos sur internet. Eh oui, vous l’avez compris mais la cybercriminalité est au coeur du dernier titre de chez Tetsuya Tsutsui (et ça se passe toujours chez Ki-oon).

La section de lutte contre la cybercriminalité de Tokyo est sur les dents. Un individu coiffé d'un masque en papier journal poste sur Internet des vidéos menaçantes où il prédit les pires crimes : incendies, agressions, viols... Le problème ? Dès le lendemain, ses prophéties se réalisent à la une des journaux télévisés. Qui est-il, comment procède-t-il, quelles sont ses motivations ? C'est le début d'une course contre la montre qui mène les inspecteurs jusqu'au siège vide d'un cybercafé de la banlieue de Tokyo. Mais tandis que l'enquête piétine, contre toute attente, le soutien populaire grandit autour du mystérieux personnage. Marginaux, employés tyrannisés par leur hiérarchie, internautes qui hantent les forums de discussion : ils sont de plus en plus nombreux à se retrouver dans son combat...

Un manga taillé pour le public français ? 


Il y a de nombreux éléments de Prophecy qui montrent que le titre a été formaté pour plaire aux lecteurs de notre beau pays. Ce n'est pas nouveau mais le trait réaliste  (au niveau des personnages mais aussi des décors qui fourmillent de détails) de Tsutsui va grappiller quelques fans de BD franco-belge. 

Le thème de ce seinen, très axé technologie et réseaux sociaux vient aussi surfer sur un élément caractéristique de notre société du XXIe siècle, toujours connectée et incapable de se passer de Facebook. L'auteur en profite d'ailleurs pour faire la critique de cette mouvance qui veut faire de l'information un objet culturel accessible à tout moment, une monnaie d'échange utilisable par n'importe quel individu. Paperboy va justement mettre à l'épreuve cette société de l'information en utilisant sa meilleure arme contre elle. En se médiatisant à outrance pour atteindre son but, il va profiter de la faille d'un mode de communication résolument moderne et considéré comme une évidence par tous. 

La taille de la série est aussi assez significative. Alors que les Japonais s'enflamment très souvent pour les séries fleuves, le public francophone aime bien les titres courts, dont on sait que la fin ne va pas tarder à arriver (bref, il n'aime pas attendre - et moi non plus !). Avec seulement trois volumes, il y a une assurance de voir la série dans son intégralité 

Le souci du détail comme base de l'écriture.


L'une des choses que l'on remarque très rapidement en lisant Tsutsui, c'est son sens du récit. Même si certains éléments semblent être aléatoires au début, on se rend vite compte que tout à un sens : chaque action de l'un des personnages sert un but précis, les objets utilisés ne le sont pas en l'air et les mots ne sont pas non plus lancés à la légère. Même l'univers est développé pour servir l'intrigue et ce n'est pas le contraire comme dans bon nombre de titres récents. On peut même aller plus loin puisque dans Prophecy, l'histoire en elle-même est une preuve du déterminisme si cher à l'auteur puisque le récit est celui d'un plan mis en scène dans une optique claire même si elle ne nous est révélée que vers la fin (c'est aussi pour ça que j'essaye de n'inclure aucun élément de spoil en écrivant et ce n'est pas facile) : chaque acte de Paperboy est mis en scène, calculé pour servir un objectif final cher au héros. 

Le double point de vue adopté par le mangaka va d'ailleurs renforcer cet élément. D'un côté, on voit les membres du « groupuscule » Paperboy préparer chacune de leurs actions et de l'autre, on voit la police avancer à un rythme assez particulier puisqu'aucun nouvel indice n'est découvert si Paperboy ne le laisse pas délibérément à un endroit où l'inspecteur en charge finit par le trouver. 

L'autre force de la série de Tsutsui, c'est la façon dont elle est rythmée. L'auteur jongle habilement ente scène d'action et scène de narration pour faire augmenter ou diminuer le suspense. La série ne souffre donc d'aucun temps mort et réussit à captiver le lecteur de bout en bout (bon, c'est vrai qu'il n'y a que trois tomes mais bon nombre de séries peinent à créer un sentiment fort chez le lecteur aussi rapidement). 

Tout ça pour ça… ? 


Prophecy
est un seinen maîtrisé du début à la fin par son auteur. Son expérience des séries courtes (Duds Hunt, Reset, Manhole…) lui permet de proposer un titre accrocheur et dont il est difficile de ne pas dire du bien. Même si la fin de la série et les motivations de Paperboy pourront provoquer une petite déception chez certains lecteurs, Tsutsui a fait le choix de rester dans un cadre très réaliste et de ne pas aller dans la surenchère, chose qui est tout à son honneur. 

A propos de l'auteur

Un peu fou mais passionné de manga depuis ma plus tendre enfance, je n'hésite pas à tester tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi en fait...).

3 commentaires

  • cubik

    04/03/2014 à 13h25

    Répondre

    Si j'ai bien compris, c'est pas très étonnant que ça ait l'air taillé pour le public français parce que c'est le cas. Il me semble que c'est l'éditeur français qui est allé chercher l'auteur pour développer la série (et donc l'éditer d'abord ici), qui a ensuite seulement été revendue au Japon.

  • OuRs256

    04/03/2014 à 18h03

    Répondre

    Ben oui, c'est exactement ça ^^. Je suis pas étonné que ça soit taillé pour le public français, je souligne que ça a été bien fait

  • cubik

    05/03/2014 à 07h40

    Répondre

    euh ben oui, mais t'en parles pas du tout, à part cette petite allusion dans le sous-titre

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Chez Krinein Manga et animes, c'est la culture japonaise qui est mise à l'honneur grâce à des critiques de shonen, shojo et autres termes bien connus des vrais fans. Toi même tu sais.

Rubriques