9/10

Real

Tout le monde connaît bien Takehiko Inoue, le créateur de Slam Dunk, série aujourd'hui achevée. Même si Inoue est le premier à crier partout que le basket est sa passion, son manga suivant, Vagabond, n'approche que très vaguement le sujet, préférant s'attarder sur la vie du légendaire samouraï Musashi. Real est donc un retour aux sources très attendu par bon nombre de fans, conscients que le basket reste le sujet sur lequel Inoue excelle. Vagabond n'étant pas encore terminé, Real reste, selon les propres dires de l'auteur, un moyen de se reposer entre deux volumes.

Real
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Remarque : si Real fait figure de loisir amusant entre deux scènes de sabre, alors nous attendons avec impatience que Inoue finisse Vagabond pour s'y consacrer pleinement. Car, rien que là, en tant qu'oeuvre secondaire, Real décoiffe littéralement ; on se demande bien alors quel genre de monstre se profilerait à l'horizon si Inoue en faisait son plat principal. En trois volumes, (4 sortis au Japon avec une moyenne d'un par an) Real se présente d'ores et déjà comme l'oeuvre parfaite de son auteur. Et le plus beau est que le sujet principal n'en est même pas le basket.

Il reste tout de même très largement présent, comme toujours lié à la passion des personnages principaux de l'histoire. Mais si dans Slam Dunk, comme le nom l'indique, tout tournait autour du basket. Avec un titre plutôt abstrait et étrange, de quoi peut bien parler Real ?
Trois personnages : Tomomi Nomiya, Kiyoharu Togawa et Hisanobu Takahashi.
L'un est un rebelle renvoyé de son école suite à un accident de moto. Non seulement ne peut-il plus finir ses études, mais en plus doit-il faire face à la responsabilité d'avoir détruit la vie de son passager, une fille qu'il avait draguée le soir même. Cette dernière est condamnée à vivre sur un fauteuil roulant.
Le second est un handicapé qui n'aura pu que toucher du doigt son rêve de devenir coureur à cause de sa maladie. Il est lui aussi condamné à passer le restant de sa vie dans un fauteuil roulant depuis l'age de 14 ans. Il s'est dès lors rabattu sur le handi-basket.
Enfin, le dernier est un jeune garçon ignorant le respect d'autrui et l'effort personnel, pour avoir grandi avec tout ce dont il avait besoin autour de lui. Capitaine de l'équipe de basket de son lycée, il est populaire et profite sans scrupules de cette popularité. Jusqu'au jour où renversé par un camion, il est condamné à ne plus pouvoir marcher.

Vous l'aurez compris, Real parle beaucoup d'handicapés, sans que là non plus il s'agisse du sujet du manga. Que reste t'il à quelqu'un qui ne peut même plus utiliser son corps comme il l'entend ? Une question que très peu de personnes osent, ne serait-ce qu'aborder, dans le monde du manga comme ailleurs. Comme le disent les personnages de Real, on n'attend aucun exploit d'un handicapé, si ce n'est d'accepter son sort. Pourtant, Togawa arrive à surpasser aisément un bon joueur de basket, et ce malgré sa jambe manquante. On se rend alors compte que rien n'est jamais perdu pour celui qui sait surmonter son handicap. Ce sont les valeurs véhiculées par le handi-basket, sport récurrent dans le manga. Et c'est le personnage de Takahashi qui traduit le mieux ce combat ; golden boy devenant du jour au lendemain handicapé, lui qui était sans effort réel un des meilleurs joueurs de son club doit maintenant tout mettre dans le plus simple mouvement pour remporter une victoire que personne ne célébrera sauf lui : sa ré-éducation. L'apprentissage de l'humilité sera pour lui un passage obligé et crucial vers le rétablissement moral.

Real parle de la difficulté d'affronter la vie, des obstacles à surmonter pour atteindre son but, et explique que toute victoire chèrement acquise mérite d'être vécue, qu'il s'agisse de remporter un match de basket, de prendre ses responsabilités face à autrui ou d'apprendre à vivre dans un fauteuil roulant. Dans tout les cas, c'est l'investissement qui compte, et non le mérite qu'on attribue à ces taches. Dans leurs combats respectifs, nos trois héros touchent le lecteur car ils sont profondément humains, victimes de leurs faiblesses et cherchant à les surmonter.
Inoue réussit un brillant récit basé sur trois points de vue très différents, équilibrant et jonglant à la perfection entre les protagonistes. Tout en sachant garder un registre plutôt comique, Real est un manga qui frappe par la manière dont les coups durs sont assénés aux personnages principaux, faisant de l'émotion un de ses atouts majeurs.

Le tout dessiné avec un style et une qualité qui ont déjà très largement fait leurs preuves, Real est un manga intelligent, qui touche fort et au bon endroit, tout en sachant rester léger et divertissant. Une oeuvre dont on peut attendre beaucoup.

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4 commentaires

  • -k-Ashitaka

    20/05/2005 à 20h24

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    Seul le nom de Takehiko Inoue a suffi pour que je craque.
    Apres la lecture du T1, je peux vous dire qu'il vaut les 850.
    Je sais pas pour vous, mais c'est la premiere fois que je vois un mangaka parler du handi-basket ! Meme si le héro n'est pas un handicapé, l'histoire tourne essentiellement autour de ce sujet..
    L'ensemble est assez sérieux, mais l'humour d'Inoue ne manquera pas !
    Mais en tant que fan de Slam Dunk, (ça se voit^), je suis un peu deçu, parce que je m'attendais pas du tout à ça..
    Ces 2 mangas tous 2 parlant du ballon rond, ne jouent pas dans la meme cour.

  • RocK_Lee

    21/05/2005 à 22h27

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    Real est excellent manga !

    Avec une idée qui pourrait en refroidir beaucoup (un manga sur le handi-basket), Inoue nous a fait une bombe !
    Quoi de plus passionnant que de voir un match de Street Basket, avec beaucoup d'argent en jeu, qui voit s'opposer un ex-voyou et un jeune handicapé contre toutes sortes d'adversaire ??

    Même si l'intérêt n'est pas le sport en lui-même, et y a une grosse réflexion sur le handicap, c'est vraiment touchant. ça vous met les frissons et des larmes aux yeux, parfois !

    Trop bien.

  • Anonyme

    01/02/2009 à 17h18

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    ce manga est vraiment touchant. il est aussi très dur, par les situations que vivent les personnages, mais c'est toujours un regard tendre qui est posé sur eux.


    je n'ai pas bcp de mots pour décrire l'émotion que provoque ce manga. inoué parle des handicapés, mais sans misérabilisme,ni culpabilité ni pitié. 


    enfin bref, la critique plus haut a dis l'essentiel : c'est un manga qui parle à tout le monde, car les valeurs qu'il véhicule (respect d'autrui, travail sur soi...) sont universelles.


     

  • Anonyme

    22/08/2010 à 01h10

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    De loin, mon manga préféré. Déja, parce qu'il sort tous les ans du coup, il me coute que 8€50 par an. (Et a chaque fois que je lis un tome, je dois poirauter pendant un an en me disant "Je veux la suiiiiiiiiiiite !!", mais c'est un détail...). Aussi, parce que les couvertures sont belles, en reliefs, et il y a des pages couleurs en début et milieu de tomes. Ca compte aussi, ce genre de merdes.


    Mais surtout parce que le thème est peu commun (le handibasket... ou plutôt le handicap), que le manga est centré sur les relations entre les personnages et l'évolution de leurs mentalités, des combats quotidiens... bref, en parlant de la vie réelle, il sort de l'ordinaire. Bien que le thème soit triste, le ton est jamais mélodramatique.


    Au contraire, on a un savant mélange entre gravité et légèreté. On voit les hauts, les bas, on est triste sans pleurer, on sourit, on suit leur quotidien, on réfléchit, on se rince un l'oeil devant les matchs d'handibasket. Bref, ça nous mène à se poser des questions profondes sur la vie en général, tout ça sans nous peser sur le moral. C'est vraiment un beau manga.


     


    Par contre, étant moi aussi une fan de Slam Dunk, je dois avouer que j'étais déçue que Takehiko Inoue nous fasse une série d'HANDIbasket, et non pas de BASKET. Fini la tension des matchs sans fin super-exagérés et incroyablement jouissifs, et place à des personnages incroyablement réels.


    Autre bémol, l'introduction (le premier tome) est lent et peu accrocheur, on voit que l'auteur tente de trouver ses marques. Mais ça se lit, puis ça se dévore.

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