6.5/10

Reset

Tetsuya Tsutui revient. Si Duds Hunt avait fait couler beaucoup d'encre devant la violence et une fin peu restant un peu en dedans, la notoriété du mangaka n'a cessé de croître au point que ces oeuvres suivantes étaient attendues avec impatience. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, c'est Ki-oon qui remporte la mise et sort Reset. Immergé dans un jeu vidéo, l'influence de Matrix et de toute autre forme d'histoire de mélange entre virtuel et réel apparaît et saute aux yeux avec force. La couverture rappelle fortement celle de Duds Hunt, idem pour le ton de la narration mais laisse encore un goût amer d'inachevé sur une fin trop rapide.

Même joueur joue encore...

Reset
Reset
"Votre vie est un échec. Appuyez sur reset." Comme une condamnation à mort, cette injonction mystérieuse pousse au suicide les joueurs du jeu en ligne Dystopia. Shunsuke Kitajima, un jeune hacker de génie au service du gouvernement, va tenter d'élucider cette série de crimes étranges en menant une enquête périlleuse dans le monde du virtuel aux côtés d'une jeune veuve, Hitomi Shinohara, cherchant à comprendre le suicide de son époux. A eux deux, ils vont devoir faire face à un ennemi inattendu...

Le suicide et l'idée de mort persistante donnent une vision vraiment pessimiste et contradictoire du jeu vidéo. Seule la façade noire du réalisme à l'extrême est mise en avant et comme dans Duds Hunt, le mangaka s'embarque dans une vision manichéenne de la chose, oubliant tout point de vue contradictoire. Autant pour l'oeuvre précédente, on pouvait l'admettre, autant Reset passe plus difficilement sans doute du à des transitions moins bien amenées. Le thème principal transpire le déjà vu avec une confrontation réel/virtuel peu novatrice en la matière et finalement traité en sous-main. Le thème de la perte d'un être cher a posteriori traité de manière plus nuancé au travers du personnage de Hitomi flirte bien mieux avec l'ambiance adulte du manga. Le one-shot ne profite réellement à aucun personnage, tous froid ou pas assez développés à l'instar du méchant sorti un peu de nulle part. Les héros apparaissent trop lisses et ne bénéficient pas de la facination dont était l'objet le fou furieux de la chasse à l'homme. A bien y réfléchir, il y en avait peut-être trop pour pas assez de pages dans Reset pour convaincre...

C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures Reset

Pourtant, Reset convaincra. Tout d'abord par son rythme effréné, frénétique. Tetsuya Tsutsui, maître du one-shot d'action, met sa patte à l'oeuvre par l'intermédiaire d'une narration claire à défaut d'être exceptionnel. Sans tomber dans le jeu des détours et autres « tourne en rond », le mangaka exprime ses intentions et l'orientation donnée à son ouvrage en peu de pages, l'action prend le pas sur la réflexion, le mystère s'étiole rapidement mais le lecteur reste en haleine jusqu'à quelques pages du grand final. Si celui-ci s'avère un poil convenu, Reset confirme ses ambitions et fait passer un moment de lecture agréable.

Tetsuya Tsutsui applique la même technique que pour Duds Hunt avec des cases choc en demi ou pleine page confirmant ses caractéristiques harmonieuses au dessin. Les personnages bénéficient d'une attention particulière avec un chara design sobre mais reflétant l'essentiel des émotions avec pas mal de brio. La gestion des ombres et des mouvements donne la pleine mesure du talent de l'auteur, bien assisté par un ordinateur performant. Eléments classiques du seinen d'action, le découpage dynamique alternant avec le classique met en évidence le tout pour l'action déjà évoqué. Question remplissage, c'est toujours du bon boulot.

Ki-oon sort peu de mangas mais s'attache à produire des éditions plus que correctes pour ses one-shots avec une impression quasi parfaite et un papier souple mais résistant. Reset s'offre comme la continuité des propos sans concession de Tetsuya Tsutsui qui ravira ses fans et laissera dubitatif d'autres devant le manque de profondeur du scénario. Mais tous s'accorderont pour admirer un trait des plus sympathiques en attendant Manhole...

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