9/10

Sanctuary

Si vous avez aimé Aniki mon frère, Infernal Affairs et tous les autres films asiatiques du genre, ce manga est pour vous. Sanctuary est une histoire d'hommes. Plusieurs hommes aux ambitions démesurées dont deux d'entre eux sont liés par un pacte, une sorte d'alliance à la vie à la mort qui voit se mettre en place un plan machiavélique. L'ascension rapide et tonitruante d'un jeune homme opportuniste qui a décidé d'arriver tout en haut d'une organisation pas très claire, l'avenir d'une nouvelle génération de politiciens aux dents longues, la vie violente au quotidien d'une bande de marginaux prêts à répondre au moindre geste de leur leader, les doutes d'une femme commissaire emprunte de sentiments divers et confus. Autant de portraits pour un manga qui prend son essor dès le premier volume pour ne plus jamais se relâcher. Un effort qui est dû en grande partie à la qualité du scénario de Sho Shimura, alias Buronson (Oh-Roh, Ken, Fist of the Blue Sky), et du trait de Ryoichi Ikegami (Crying Freeman, Strain).

Révolution dans les hautes sphères du bas monde

Sanctuary
Sanctuary
Akira Hojô est un yakuza pressé de gravir les échelons de la hiérarchie de l'industrie du crime nippon. Sa place actuelle ne lui convient plus malgré son jeune âge, sa volonté est inébranlable, ses actes sont calculés et démoniaques, c'est pourquoi il décide de passer à l'action. Une action musclée qui revêt toutes les formes : corruption, manipulation, meurtre intimidation... Tout y passe pour tirer les plans de Hojô vers le haut. Son but final n'est pas seulement prendre le contrôle d'un clan de yakuzas, c'est encore bien plus ambitieux.

Chiaki Asami est un jeune loup de la politique. Sa place de conseiller ne lui suffit plus, renverser l'ordre établi devient une possibilité qui fait son chemin et prendre le pouvoir s'avère une solution d'avenir. Ses méthodes sont beaucoup plus raffinées que celle du yakuza car évoluer dans le monde de la politique revient à utiliser l'hypocrisie et la traîtrise à bon escient, de bonnes manières dans un monde de requins. Une détermination farouche le pousse à élaborer lui aussi un plan qui apporte son lot de surprises.

« Deux hommes que tout différencie, deux hommes qui ont tout pour s'entendre ». Tel pourrait être le slogan de Sanctuary, à ce point près que les deux personnages se connaissent déjà et sont à l'origine d'un pacte indestructible, leur sanctuaire. Leur but : conquérir le monde politique et criminel de la totalité de l'archipel. Ambitieux de capitaliser tous les pouvoirs au sein de deux paires de main ? Cependant, Hojô et Asami veulent rapidement devenir des hommes d'influence même si les obstacles qui se dressent sur la route de leur sanctuaire sont bien plus nombreux qu'ils ne le croient.

Gaijin connexion

Si le scénario peut sembler ne pas être original, c'est véritablement sa mise en forme qui le rend surprenant. Suivre le chemin de deux hommes possédant le rêve de changer la destinée et l'ordre établi devient rapidement prenant. De fil en aiguille, le plan se met en place, les actions musclées et les manoeuvres politiques se succèdent pour déstabiliser le pouvoir dominant. L'étonnant duo cache derrière lui un secret à l'origine de cette détermination dont on ne suppose pas le moindre aspect avant qu'il nous soit révélé... L'art du scénario prend alors une tournure cinématographique, chaque nouveau problème est géré dans les coulisses avant son apparition, tout est calculé à l'avance avec la plus grande préméditation. Chaque décision est pesée et emballée par un duo débordant de confiance. Rien n'est laissé au hasard dans Sanctuary, tout acte aura une répercussion !

Sous leurs airs policées d'anges aux bonnes manières, les personnages de Sanctuary font office de véritables démons et c'est avec beaucoup de facilité dans sa narration que Buronson nous livre quelques personnages d'anthologie. Entre Tokai le violent, le banquier véreux, les hommes politiques aussi cupides que les yakuzas, c'est un véritable défilé des pires portrait de la société japonaise auquel on a droit. On plonge toujours plus bas dans les abysses du pouvoir où les hommes ont la conscience aussi sale que leurs mains... Seul subsiste le doute à propos de la tournure que va prendre la position d'un être (presque) innocent, la commissaire adjoint Kyoko Ishihara, tombée sous le charme de Hojô. A vrai dire, le seul reproche admissible à Shimura est le fait que ces personnages véreux tiendrait parfois du stéréotype mais à bien y regarder, une certaine profondeur s'en dégage.

Un nationalisme japonais fera aussi son apparition plus tard dans l'oeuvre mais il est justifié par l'ampleur prise par le scénario. Il ne faut pourtant pas oublier le dessin d'Ikegami qui parvient à rendre clair. En s'illustrant par une qualité sensiblement meilleure que celle du dessin de Crying Freeman. Extrêmement réaliste et marqué par une perfection presque intégrale lors des planches en une case, le mangaka livre un travail qui aurait mérité une édition encore meilleure. Sa principale force est de représenter au mieux ce fameux réalisme à travers les émotions des personnages, ainsi qu'une justesse des fonds de cases qui montrent un Japon coincé entre tradition et occidentalisme.

L'encrage s'avère quelquefois trop présent et masque légèrement les somptueux dessins. Glénat avait déjà publié en partie le manga dans un format plus grand mais pas vraiment convaincant. Cette fois-ci, Kabuto parvient à donner une consistance à l'oeuvre dans un format plus classique pour une édition de très bonne qualité à part les quelques défauts évoqués précédemment.

Sanctuary pointe du doigt les hommes d'influence en mettant en place des moins que rien parti pour bâtir un empire encore plus vil que l'actuel. La violence n'est pas très présente mais les scènes sont marquantes. laisse beaucoup de place à des dialogues et un bon nombre de phrases chocs. Le combat perdu d'avance de deux rêveurs aux ambitions folles a-t-il une chance de voir le jour et avec quel résultat ? C'est tout le dénouement d'un manga qui mérite une attention particulière.

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7 commentaires

  • juro

    19/06/2005 à 12h47

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    La fin de cette très bonne série est à la hauteur des espérances. Le dénouement tient en haleine jusqu'au bout avec des rebondissements bien amenés. 12 volumes de même qualité avec une constance dans le scénario et le dessin.

  • Castel

    19/06/2005 à 19h21

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    J'en suis aux neuf premiers (on les achète par coffrets) et je dois dire qu'à part quelques scènes et un graphisme assez kitsch, c'est une série haletante pas forcément politiquement correct dans les thèmes et le programme politique des deux héros, mais passionnant dans leur volonté de changement du système.

    J'ai hâte de lire la fin ^^

  • trab

    09/01/2007 à 10h01

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    J'ai été très agréablement surpris par cette série ! Un bon scénario, assez convenu au début, rythmé et ponctué de rebondissements par la suite.. certains sont d'ailleurs assez exagérés même si on les voit venir de loin (un japonais, une américaine . . . ) pour un manga de ce genre mais ça ne gache pas le plaisir de le lire !

    "Les affranchis" à la sauce nippone

  • Anonyme

    06/03/2007 à 15h56

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    Mouais, j'ai découvert ce manga il y'a quelques années dans
    un numero de "Kaméha" datant de 1995 lors d'un marché aux puces.

    J'ai eu pas mal de temps pour réfléchir sur la qualité d'une telle oeuvre. Le truc est bon mais il y'a pas de quoi s'extasier selon moi.

    Deux archétypes icônes de la bogossité idéalisés. Ils sont beaux, ils sont classes, ils sont malins bref, j'ai lu entre temps les premiers tômes de crying freeman, et je ne peux m'empêcher de penser qu'Ikegami ne s'est pas gêné pour retranscrire dans les deux cas ses fantasmes masculins - ainsi que ceux des auteurs eventuellement.

    Le scénario à la base prometteur aurait pu donner quelque chose de plus correct si Fumimura avait été plus experimenté en politique. Sans blague, c'est truffé de lieux communs, de clichés simplistes parfois grotesques sur la sphère politique. C'est quoi leur conception de la chose? Des vieux croulants corrompus et pervers qui entravent le pays et qu'il faut évincer au profit de "jeunes de 30 ans."
    Bof, mais pourquoi pas?
    Seulement, ça part en couille dès les premières pages: les photos compromettantes du sénateur Sakura, type du "politicien vereux". Chantage, mais de quelle nature?
    Notre Saint Hojo aux mains propres se livre à une truanderie des plus abjecte: il va jusqu'à cotoyer à la piscine la fille du sénateur et fait délibérément croire à la liaison dangereuse!
    Immonde! Et qu'est-ce qu'un yakuza fait aux deux assassins chargé de Asami? Il les ficèle héroïquement et les suspend du haut de la grue d'une décharge, sort son gun et tire deux coup qui éffleurent délicatement les épaules du pauvre sakura acculé qui n'a d'autre choix que de capituler face à tant d'habileté et de perfidie!

    Subtile! La politique vue par Fumimura.

    Voila, je m'étalerai pas sur la caricature grossière de la commissaire en chef ou sur Tokai, prototype du méchant mafieux .

  • juro

    06/03/2007 à 17h34

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    Premièrement, ça aurait été sympa de mettre un spoil pour le suspense de ceux qui voudraient découvrir l'oeuvre.

    Ensuite, je ne pense pas qu'on puisse seulement réduire Sanctuary à ce que tu en as dit. Beaucoup de thèmes sont à explorer : la volonté d'incarner le changement, de traduire un rêve en réalité, la liaison entre les protagonistes, les femmes faciles... l'exploration particulière du monde des yakuza vue par Fumimura (spécialiste en la matière) n'est pas unique, les films du genre décrivent sensiblement la même chose mais Sanctuary possède son authenticité et des qualités que je me suis efforcé de montrer...

    Pour ce qui semble t'avoir choqué, il n'y a pas de héros, ce sont tous des voyous et le parallèle fait entre homme politique et yakuza montre deux univers pas si éloignés au final. C'est complètement pessimiste et contre tout manichéisme. Pas de gentil, que des voyous avec l'utopie du changement pour un Japon nouveau.

    Et les jeunes pousses qui veulent pousser dehors les vieux dinosaures politicards, n'est-ce pas plus que jamais d'actualité ?

  • Anonyme

    24/04/2007 à 12h55

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    De toute façon il n'y a pas à discuter ....

    Sanctuary est un classique reconnu auquel Wikipedia US fait même l'honneur de lui attribuer le mérite de l'introduction du manga seinen aux Etats Unis (voir la page de Wikipedia US sur les mangas) . La possibilité d'un autre genre que les "pim pam pouf "version nippone autrement appelée shonen (mais non je n'ai rien contre les shonen.... juste 99% de la production... Disons qu'y a Hikaru no go et puis c'est à peu prés tout .... Deathnote aussi si on le compte dans les shonen ce que je ne fais pas et puis quelques rescapés....) .

    *Sanctuary n'a pas non plus une vocation documentaire contrairement à Say hello to black jack : c'est avant tout une fiction . Par ailleurs je me pose toujours la question de savoir dans quelle mesure peut on considérer certains aspects comme si caricaturaux que ça ...
    -Les jeunes qui veulent dégager les vieux c'est un problème bien réel de la sociologie du pouvoir d'où la notion de gérontocratie. Et bizarrement c'est bien dans les pays où ça coincent que ça arrive : URSS , france ,...
    A celà se rajoute le problème typiquement japonais des zaibatsu qui renforce cet immobilisme , la société étant un bloc monolithique . Ce n'est pas seulement le pouvoir politique qui est gangréné c'est l'ensemble de la machine qui est grippé .
    -Le nationalisme nippon n'est pas une lubie témoin le récent spirit of the sun . Ses corrolaires comme l'autarcie économique dans laquelle vit le japon , le réflexe d'achat japonais n'est pas fantasmé et la visite américaine pour forcer les japonais à acheter américain n'a pas été imaginé : rappelons nous que le japon tel qu'il est s'il reste spécifiquement nippon a été accouché par les occidentaux lorsque perry est venu avec sa flotte de guerre. Rappelons nous que le problème du déficit de la balance commerciale des EU avec le Japon a toujours été une pomme de discorde entre les 2 pays depuis la fin de la 2ème guerre mondiale;
    - Reste la question des yakuza ... franchement difficile à savoir ... un bandit reste un bandit , d'où d'ailleurs ces tentatives de créer des codes de l'honneur et autre foutaises pour compenser de maniére plus ou moins cachée leur mauvaise conscience. Tokai est il une caricature ? j'aimerais le croire mais je n'en suis pas si sur lorsque je vois le comportement de certains grand chef du banditisme parisien ....

    *Ce sont de vrais problèmes qui sont évoqués . Reste à savoir si ce sont de vrais "réponses" : est ce que ces thémes sont traités de la même maniére dans la vie réelle ou ne donne il pas plutot lieu à des intrigues beaucoup plus complexe ? je pense qu'à l'évidence c'est le cas . Toute personne ayant fait un peu d'économie bancaire ou de droits des sociétés ou toute autre discipline d'organisation humaine apprécie le rare degré de complexité des stratégies mises en place à l'heure actuelle. Mais la question est de savoir si on peut fidélement retranscrire ça dans un manga sans endormir le lecteur : l'exagération reste une nécessité scenaristique à condition bien sûr qu'elle reste dans les limites de la vraisemblance et du bon gout .

    Cette appréciation de la vraisemblance et du bon gout est à l'évidence quelque chose d'éminement subjectif : au vu du succés public de la série et de sa place dans la critique je pense qu'il est aisé de déterminer de quel coté de la barriére se situe Sanctuary . Ca reste un cran en dessous des Affranchis ne serait ce que parce que l'on part de la fiction pour aller vers le réel au lieu de la démarche inverse mais ça n'en reste pas moins quelque chose de solide avec de vrais thématiques .

  • Anonyme

    25/04/2007 à 00h25

    Répondre

    J'adore ta manière de débattre

    De toute façon il n'y a pas à discuter ....


    La notoriété du "seinan" (adulte visiblement) comme justification peremptoire, je trouva ça limite. Heureusement, le reste de ton argumentation est bien plus convaincante. Toutefois, j'ai l'impression que tu intellectualises trop la chose pour ce que c'est. Je n'irai pas jusqu'à mettre en doute les aspects sociologiques que tu as dégagés, mais je doute qu'ils suffisent, encore faut-il les exploiter "correctement". Je ne me place pas en juge du bon goût, tu as toi même pointé la question de la perception propre à chaque lecteur, mais il faut avouer que le grotesque de certaines scènes n'échappe pas qu'à certains pointilleux eternellement insatisfaits.

    Bref, je voulais juste montrer mon désaccord quant à l'apologie de la prétendue complexité de ce "seinan". Je ne suis peut-être pas fin connaisseur du genre, mais je ne trouve pas la réalisation si "adulte" que ça. Tout comme Crying Freeman, les imperfections et clichés de films de série B me sautent au yeux (sans être cinéphile pour autant,du tout). J'ajouterais juste que je serais bien plus sensible à la qualité de la réalisation d'un chapitre de shonen soigné - Kenshin - tome 20- Reminiscences - qu'importent les considérations infantilisantes du genre, plutôt qu'à ce type de résidu de thriller soi-disant profond.

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