5.5/10

Saraï

La société industrielle est mère de tous les maux, on nous le répète depuis assez longtemps dans les mangas. Mais cette fois-ci, elle est vraiment allée trop loin : en plus de s'autodétruire, l'industrie a provoqué des maladies dégénératives très graves. Vers l'age de 20 ans, les êtres humains se transforment (plus qu'ils ne mutent) en monstres. Les hommes vivent donc dans la peur perpétuelle de leur prochain, et dans l'attente de la mort. Notre monde n'est plus que le royaume de la violence, un endroit où les enfants n'en sont plus, car leur seul moyen de survivre est de devenir des adultes avant l'heure. Et lorsque la loi du plus fort domine, pour préserver un semblant d'ordre, il faut être fort. Saraï et Flicka, deux jeunes filles de 18 ans, font partie de l'ordre des "servantes gardes du corps", un ordre tentant de préserver le peu de justice qu'il reste sur la terre.

Saraï
Saraï
Le scénario ne parait pas très orginal a première vue, mais l'idée de cette maladie qui s'abat sur les gens est plutôt pas mal. Surtout que l'idée est assez bien développée. En fait, tout ce premier tome ne tourne qu'autour de cette idée, de la peur de la mort, de la résignation de certains. En plus de donner un peu de consistance au manga, cela permet d'introduire naturellement nombre de monstres, vampires, succubes et autres joyeusetés toutes droit tirées des univers fantastiques habituels.
Coté chara design, ce manga est très particulier. Non pas visuellement, car de ce point de vue il est quelconque, mais plutôt du coté psychologie (si on peut parler de psychologie dans un manga) des personnages. Alors que ce sont les héroïnes, qu'elles sont présentes dans 80% des scènes, et que ce sont les seuls personnages qui durent plus de 100 pages, Saraï et Flicka sont les deux personnages les plus creux. Flicka est totalement transparente, et elle ne sert que de faire valoir, ou alors dans certaines scènes de fan service (voir un peu plus bas à ce propos). Saraï est a peine plus consistante. Les auteurs tentent bien de lui donner du mystère en faisant douter les autres personnages d'elle ou en lui affligeant on ne sait quelle tare physique (elle aurait une chose dans le dos, chose suffisament horrible pour dégouter l'homme qui voulait profiter d'elle), mais ça ne prend pas. On cerne tout de suite le personnage, et dès que l'on a compris qu'il s'agit d'une jeune femme vertueuse et determinée, on sait ce qu'elle va faire. Et comme l'intrigue est assez manichéenne (méchant bourgeois contre populace opprimée et généreuse), cela ne laisse pas beaucoup de place aux surprises.

Ce qui gêne plus dans Saraï, c'est le traitement de cette intrigue. Le manga est très régulièrement ponctué par des scènes gores en tout genre (tripes, torture, massacres...) mais ces scènes sont assez mal dessinées (voir à propos du dessin un peu plus bas) et ne sont donc pas particulièrement choquantes, surtout quand on voit ce qui est fait ailleurs. Elles classent tout de même ce manga dans la catégorie "pas pour les enfants". Enfin ce sont surtout les innombrables scènes de fan service qui classent ce manga dans cette catégorie. Outre les habituelles petites culottes et soutiens gorge (très nombreux par rapport à d'habitude), ce manga est rempli de scènes plus hard, voir franchement porno, bien que comme d'habitude les organes génitaux ne sont pas montrés. Ici, cela n'a rien des scènes intégrées au scénario de Crying Freeman, non, elles ont en revanche tout à voir avec un porno de troisième zone. Un exemple parmi tant d'autres : une scène de viol ou la réticence ne dure qu'une case, suivie d'une fessée en règle (et au fouet) et d'une scène d'amour lesbien. Et puis répetez le tout avec des variantes une soixantaine de pages plus loin... "Que du bonheur". Ces scènes sont inintéréssantes, mal intégrées, déplacées, en bref elles ne font que nuire au manga. Dommage. Enfin, ces elles expliquent pourquoi la seule chose que l'on sait sur les deux héroines est leur âge : 18 ans, donc pas de pédophilie... Lamentable.

Pour un manga datant de 1999, Saraï fait vraiment vieillot : le dessin semble tout droit sorti d'un manga des années 1980, le trait est souvent grossier, peu fin et les visages ne sont pas vraiment expressifs. Non pas que l'auteur abuse du SD, mais le faible niveau de détail général n'aide pas. En revanche, les décors sont assez réussis. Ils ne sont pas légion, mais ils sont travaillés et crédibles, ce qui tranche parfois avec la qualité très moyenne des personnages.

Saraï est un manga que l'on lit sans s'ennuyer, mais que l'on oublie vite, et dont les scènes déplacées laissent un arrière goût désagréable. Allez voir un peu plus loin, Kabuto a déjà édité bien mieux.

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    1 commentaires

    • juro

      22/02/2006 à 17h02

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      "servantes gardes du corps"

      En gros, des souberettes combattantes, ceci explique en (grosse) partie pourquoi le manga est affreux au niveau scénaristique. Par contre, faut bien avouer que le mangaka touche sa bille question dessin sans non plus atteindre des sommets.
      J'aurais mis moins que 5.5 personnellement en ayant lu un seul volume. Mais je doute que l'intrigue s'épaisisse...

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