7/10

Sauveteur (Le)

Un manga de Taniguchi passable, ça reste quand même un manga à découvrir graphiquement !

Seul. Jirô Taniguchi nous offre un récit sorti de ses propres méninges. Le mangaka se dote habituellement d'un scénariste pour nous emmener dans des voyages incongrus remplis de nostalgie avec des personnages masculins semblables, représentant une sorte d'idéal fort, fier et avec l'esprit japonais défendant l'honneur. Seulement, avec Le Sauveteur, Taniguchi se confronte au monde contemporain avec plus ou moins de réussite.

Shibuya Love Hotel

Shiga est gardien de refuge dans les Alpes Japonaises. Il y a treize ans, son ami Sakamoto lui a demandé, avant de mourir, de veiller sur sa femme et sa fille. Une tâche dont Shiga n'a pas eu à s'acquitter, jusqu'au jour où l'épouse de Sakamoto vient solliciter son aide pour retrouver sa fille disparue. Shiga quitte alors sa montagne et se retrouve rapidement à Shibuya, l'un des quartiers chauds de Tôkyô. Là, se dévoilent le vrai visage de la jeune Megumi et un monde de la nuit aussi dangereux que sordide…

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Le Sauveteur (c) Sakka
C'est l'histoire d'une promesse qu'il faudra tenir envers et contre tout. Shiga est un homme d'honneur, vivant éloigné de tout, presque comme un ermite s'infligeant des ascèses pour tenter d'oublier ses vieux démons. Encore une fois, Taniguchi introduit un montagnard pour se faire plaisir sur l'illustration des paysages naturels mais surtout pour tenter de montrer l'intégrité au beau milieu d'un monde perverti, Tokyo. Et encore pire, Shibuya, sorte de quartier des plaisirs déjà entrevus dans des mangas comme Shibuya Love Hotel ou Gals !. Forcément, le scénario n'a rien de commun car Le Sauveteur explore le point de vue d'un homme perdu dans ce monde qu'il ne reconnaît plus. L'auteur construit son intrigue comme une enquête policière assez linéaire, souvent ronflante, parfois grisante, inégale.

Promesse tenue

A force de les comparer, les œuvres de Taniguchi s'axe toujours autour d'un héros masculin, un brin idéaliste et rêveur, charismatique, actif et rongé par la nostalgie. Des hommes pour lequel le mot honneur représente un credo à respecter comme une ligne directrice. Souvent décalés dans leur mode de vie, ils vivent en marge de la société, parfois à l'écart et possèdent un sens de l'observation aguerri qui fait souvent d'eux des montagnards accomplis (K, Le Sommet des Dieux). Mais Shiga tombe trop dans le stéréotype du héros sans peur mais avec ses propres reproches qu'il compte exorciser en se soulageant de sa promesse. Le mangaka nous avait déjà plus impressionné par le passé.

Maître en dessin, Taniguchi ne faiblit pas. Le Sauveteur est une nouvelle démonstration de sa précision, son découpage et son remplissage. Une vraie leçon récurrente qui apparaît presque comme une innovation tellement le mangaka a exclu de présenter la nature (à l'exception des premières pages) pour s'intéresser à l'urbanité intégrale de Tokyo. Building, rues bondées, routes démesurées… Le mangaka intègre la réalité à son œuvre en dessinant énormément de personnages : premiers et seconds rôles confondus parmi les silhouettes.

Un Taniguchi pas essentiel mais toujours très intéressant graphiquement. Tokyo apparaît sous un nouveau jour avec le trait de l'auteur, seulement le scénario est un poil bateau, ne s'illustrant que par son protagoniste, réplique conformiste d'un samouraï au sens de l'honneur décuplé. Le Sauveteur ne crée pas d'émoi, juste une lecture satisfaisante.

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