6/10

Shumari

Les tribulations d'un ermite envers et contre tous sur une île aux mains d'une famille machiavélique. Osamu Tezuka a encore frappé !

L'immense bibliographie de Osamu Tezuka laissera sans doute peu de place pour Shumari, titre mineur autant par son sujet que par son traitement. Quatre volumes pour un seinen qui se veut être une épopée épique au sein de Hokkaïdo, terre des natifs aïnus et des colons japonais. Bien loin de la passion que Tezuka est capable d'insuffler dans des mangas d'époque comme Dororo, Ayako ou L'Arbre au Soleil, ce titre se révèle juste comme une honnête intrigue supplémentaire avec quelques bons instants et une liberté de ton certaine par rapport.

Shurivari

Shumari (c) Tonkam
Shumari (c) Tonkam
Shumari (renard en français) est un aïnu qui parcourt le Japon à la recherche de Shoma Otsuki. Ce dernier a en effet enlevé son épouse et disparu sans laisser de traces. A la suite d'un malentendu, il tue quelqu'un et se retrouve poursuivi par les forces de l'ordre et est forcé de fuir et de vivre comme un fugitif.

Rapidement, on se rend compte que l'objectif de l'auteur est de présenter une guerre à distance entre un clan possédant de nombreuses richesses et une sorte d'ermite aux multiples talents. Si celui de l'agriculture et de l'élevage lui échappe, Shumari se révèle être rusé comme un renard et doté d'une force impressionnante. Face à lui se dresse la famille Dazai, tous aussi mauvais les uns que les autres, et la naissance d'un véritable combat sur des années... Shumari n'aspire qu'à une vie tranquille mais il semble être aimanté vers les problèmes de tout poil et les rencontres désagréables à tel point que son destin se retrouve souvent chamboulé par ses décisions envers autrui. car oui, derrière ce visage de marbre se cache un coeur tendre et c'est sans doute la principale faiblesse du manga. Cette facette du protagoniste se montre en totale inadéquation avec son trait principal de caractère : l'indépendance. A la limite d'être misanthrope, Shumari change brusquement de décision pour revenir souvent sur ses pas pointant du doigt ses propres choix de manière incompréhensible pour se retrouver pris à son propre piège. Son ambigüité aurait pu faire sa force mais bien au contraire elle le dessert, lui faisant perdre une grande partie de son charisme.

Seul contre tous

Or, comme souvent sur Tezuka, c'est autant sur le personnage que sur l'histoire que repose l'importance de son manga. Et comme le scénario ne s'impose pas véritablement comme irrésistible, on attendait plus du personnage. Cependant, Tezuka reste égal à lui-même et son manga surpasse largement une grande part des productions actuelles. Shumari manque juste de cette intensité que l'auteur avait su donner dans tant d'autres. Au final, on se retrouve avec un manga agréable mais avec plusieurs faiblesses dommageables que l'auteur aurait certainement pu gommer en créant un personnage moins chevalier servant.

Trente ans, c'est l'âge de Shumari. Mais Tezuka est toujours actuel. Son trait est inusable et même s'il n'a pas la portée de ce lui de L'Histoire des 3 Adolf, Shumari se classe dans la lignée de sa route vers la gloire avec des personnages féminins élancés, des méchants souvent ridicules et un protagoniste homme fort des cavernes au regard franc. On dénotera juste la quasi absence des personnages réguliers de l'auteur dans cette oeuvre, presque comme une surprise.

Un manga pour compléter sa collection de Tezuka, certainement pas la meilleure production du maître parue à l'heure actuelle. Juste un beau voyage au pays des aïnus (qu'on ne voit pas beaucoup d'ailleurs) pour un titre qui aurait sans doute pu s'approcher d'un cran de qualité supérieure s'il avait évité deux ou trois lacunes.
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