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Sorcières

A force de voir des petites filles sur des balais, on aurait presque pu penser que les sorcières sont de bien gentilles créatures. Heureusement pour nous, Daisuke Igarashi ne s'est pas arrêté à l'aspect très charmant de l'affaire et nous propose un propos plus profond qui nous rappelle Princesse Mononoke bien plus sûrement que Kiki la petite sorcière.

Sorcières
Sorcières
Le bazar d'Istanbul est un lieu bien étrange. Un endroit où l'on trouve tout pour peu que l'on sache où chercher. Nicole y a cherché un amour étant jeune. Un amour qui lui a été refusé. C'est une blessure profonde qui a été fait à l'adolescente de l'époque, qui ne s'est pas refermée avec le temps. Vingt ans plus tard, devenue une chef d'entreprise respectée, elle vient chercher sa revanche : son argent et ses pouvoirs de sorcière viendront à bout du bazar et de son propriétaire qui a eu l'audace de la repousser deux décennies auparavant. Dans le même temps, une petite bergère dessine avec son métier à tisser un bien étrange dessin. Ses parents sont formels : il s'agit d'un message envoyé par les dieux. Elle doit se rendre à la capitale.

On passera rapidement sur la petite erreur concernant la capitale de Turquie, qui n'est pas Istanbul, mais Ankara. L'important n'est pas là. Peu importe la ville, cette histoire est une vaste métaphore, une fable, une parabole. Sorcières n'est pas l'histoire d'une revanche amoureuse. Ce scénario n'est qu'un prétexte, un fond qui permet à l'auteur de développer un propos plus osé. Sorcières, c'est avant tout le choc des cultures. Ce premier volume commence d'ailleurs sur cette idée. Istanbul n'y est pas décrit comme la ville où tout est possible, mais comme un amoncellement de cultures, de traditions, de religions, qui ont été apportées au fur et à mesure des conquêtes et des annexions. Des nouvelles "couches" pour la ville, apportées sans ménagement et en ne respectant que très rarement le patrimoine existant. Au delà de la banale histoire d'un amour éconduit, on trouve un combat, celui de la modernité contre la tradition. Le supermarché contre le Bazar. La jeune blonde aux dents longues contre le vieil arabe et la petite bergère. On aimerait pouvoir dire que la vision de l'auteur est nuancée, et que son message est que deux cultures peuvent cohabiter sans souci dans le respect mutuel, mais le livre ne nous en laisse pas le loisir. Blanc contre noir. Gentils contre méchants. Et les méchants sont punis. Un peu trop manichéen pour être vraiment bien, en dépit d'un traitement intelligent. L'auteur raconte une histoire pleine de magie noire, mais la dualité évoquée plus haut transpire de toutes les pages pour finalement trouver son apothéose dans la scène finale.

Et pour finir de nous convaincre, ce premier volume se termine par deux nouvelles de taille plus modeste : une de 80 pages et une de 5 pages. Dans ces deux histoires courtes on retrouve cette lutte du monde magique contre la technologie et la science. Le message est le même. Dommage qu'il soit aussi discutable.

D'autant plus dommage que les histoires en elle même sont très correctes. On s'attache rapidement aux personnages et les scénarios sont intelligents. Les relations entre les protagonistes sont humaines et touchantes. On y croit. Le dessin nous aide d'ailleurs beaucoup. Les décors omniprésents fourmillent de détails, tout comme les personnages, leur vêtements, leurs expressions. Sur le plan technique, c'est une vraie réussite. Mais le message un peu simpliste et les fins d'histoire trop convenues viennent ternir ce beau tableau.

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