7.5/10

Tengu

Le tengu (chien céleste), légende nipponne par excellence, correspond à un démon résidant dans les massifs montagneux de l'archipel en prenant de nombreuses apparences différentes. Sa transformation humaine est toujours présentée avec un nez protubérant et des yeux effrayants. Probables réincarnations de nobles ou samouraïs arrogants ou prétentieux dans leur vue antérieure, ils ne font que des apparitions sporadiques dans la vie des humains. Ils peuvent tout de même espérer renaître en tant qu'humain par la réalisation de bonnes actions mais leur vantardise trop grande leur joue souvent des tours. Personnage complexe et drôle à la fois, le tengu n'en reste pas moins un démon (voyez Yoshimitsu de Tekken par exemple) et un as des combats. Pour Hideki Mori, cette définition de Tengu n'est qu'une parabole pour s'étendre sur un récit épique du Japon médiéval à base de combats au sabre et intrigues politiques dans le même genre que Tsuru, princesse des mers.

Apprenons à danser le tengu

Tengu
Tengu
Le jeune Sugikaku est un saltimbanque exploité lors de spectacles de rues mais sa vie sera chamboulée à jamais après sa rencontre impromptue avec le seigneur Tenzen Kurata qui l'incitera à s'échapper et à s'émanciper. Ce qu'il ne sait pas c'est que cet homme est le « Tengu », fervent opposant à la milice du shogounat, le Shinsen-Gumi. Par les circonstances, tout deux vont se lier d'amitié pour lutter contre le pouvoir injuste qui s'ouvre à l'extérieur. Des actes de bravoure contre l'autorité qui opprime les faibles et les pauvres, un système injuste contre lequel cette fine équipe ne peut lutter qu'avec des moyens limités : sabre et actions éclair. Dans ce Japon en plein changement, ce récit épique prend une tournure dantesque car le rôle du personnage se cachant derrière le nom de Tengu prend des proportions gigantesques...

Adaptation du récit de Jirô Osaragi, Kurama Tengu, le scénario prend rapidement une tournure action et réflexion importante. Le contexte historique difficile de l'époque est propice à la création de grands héros possédant une certaine sagesse, celui-ci s'axe autour d'un affrontement qui rappelle les escarmouches menées par un héros digne de Zorro. Le shogounat fait régner la terreur par sa milice et des voix s'élèvent pour la contrer mais elles sont rapidement muselées, seul le Tengu possède les moyens de faire changer ce régime avec dignité. A ce propos, les personnages présentés possèdent tous un double visage qui les rend intéressant du point de vue psychologique. Les hommes du Shinsen-Gumi possèdent une certaine classe auquel s'ajoute les aspects imperturbables du samouraï ou du rônin dont un code de l'honneur et des sabres affûtés. Tengu se montre tranchant dans sa narration avec plusieurs niveaux de lecture : historique avec un fort intérêt pour le respect chronologique même si parfois romancé et trop fortement grandiloquent, psychologique avec des rapports ambivalents entre différents personnages et plus simplement de l'action brute et violente. Néanmoins, Hideki Mori se retrouve dans la même position que pour Stratège et Tsuru et s'en sort tout aussi bien...

Wu-Tengu Clan

Hideki Mori rentre dans cette catégorie d'artistes aussi attendu pour leur dessin que pour leur histoire, peu d'entre peuvent s'en vanter mais le maître du manga historique actuel possède beaucoup d'arguments en sa faveur pour tenir en haleine suffisamment longtemps ses lecteurs. Son trait limpide crée des protagonistes et des seconds rôles crédibles et respectueux de la réalité historique avec moult détails. Le trait donne l'impression de consulter un véritable livre d'Histoire avec de nombreux effets d'ombre, un lot d'expressions impressionnants, de grandes représentations pleine page et vierges de texte, ainsi qu'un découpage rythmé, une édition impeccable rendant justice au travail de l'auteur. Le remplissage est de très bonne facture mais peut-être un peu moins impressionnant que celui de ses autres mangas.

Tengu s'illustre dans un genre en plein développement avec les mangas d'Hideki Mori constituant une sorte d'alternative très intéressante à la lecture basique du shônen manga. Le poids culturel de ce seinen apporte un plus indéniable à la collection Gingko d'Akata (Barbara, Ayako). Comme quoi Histoire et manga ne sont pas antagonistes pour créer un manga passionnant.

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