8.5/10

Texhnolyze

Dès les premières images, Texhnolyze fait penser à un autre OVNI du monde merveilleux du manga. C'est bien entendu à Blame ! que l'on fait obligatoirement référence en regardant cet anime signé Yasuyuki Ueda et Yoshitoshi Abe. Même ambiance, même personnage principal taciturne, même univers souterrain qui ferait passer l'enfer pour un club de vacances... Vous me l'accorderez, ça fait déjà beaucoup de points communs. Peut-être un peu trop ? Ma foi, Texhnolyze lorgne pas mal du coté du manga de Tsutomu Nihei, mais il faut dire qu'au final, cette inspiration (assez libre, même si elle est tout de même très troublante) ne sert qu'à fixer le point de départ de tout l'anime, et que le produit entier se démarque assez vite par ses propos comme par son scénario de ce que l'on a pu voir des aventures de Killy. Jugez plutôt par vous-mêmes.

Ichise est un vrai chien sauvage. Il vit de combats illégaux dans une ville souterraine appelée Lux, manifestement la seule encore habitée, entourée d'amas de constructions en ruines. Taciturne, solitaire et impulsif, il n'est habité que d'une rage de tuer et d'un souvenir fuyant de sa mère. Confronté à des yakuzas, il se fait décapiter d'une jambe et d'un bras en toute impuissance. Alors que toute forme d'avenir semble plus ou moins compromise pour notre brave Ichise, voila qu'il est sauvé par une chirurgienne spécialisée dans la texhnolyze, une méthode de greffe de membres mécaniques, qui pourrait bien être, selon les dires, l'avenir de l'humanité. Plus tard, Ichise rejoindra les rangs de l'Organo, un clan yakuza qui dirige en sous-main la ville.
Pendant ce temps, un homme mystérieux fait son apparition dans les environs de Lux. Il prétend être venu de la surface. Très vite, il se met à fréquenter les gens influents de la ville et commence à remuer les tensions alors que la paix entre les gangs semblait jusque là plutôt bien enracinée. Quelles sont les intentions de ce monsieur moustachu qui ne semble prendre aucun parti dans le trouble qu'il a pourtant volontairement causé ? Qui sont les gens de la surface ? Est-ce la fin de Lux qui se profile peu à peu à l'horizon ? La fin de l'humanité entière ?

Texhnolyze est une série toute aussi inclassable que ne l'était la dernière création de nos deux compères Ueda et Abe (Ailes Grises, pour ne pas le citer). Difficile de parler de science-fiction, alors que l'histoire se déroule dans une ville presque en ruines et où, au final, la seule marque d'évolution scientifique est la texhnolyze (et deux trois autres trucs, mais ça les amis, y faut voir la série pour savoir quoi). D'autant plus que sous-jacent à l'histoire est le thème de la prédestination, extrêmement bien rendu, donnant à l'histoire une dimension humaine avant tout.
D'une part, ce thème est introduit par un personnage très énigmatique, celui d'une petite fille au masque de chat. Elle possède un don pour lire l'avenir, et ses prédictions tout au long des événements seront source de bien des mystères.
C'est à Ichise, notamment, que la fillette fera ses prédictions, liant le personnage, qui dans les premiers épisodes semble être destiné à errer sans futur, à sa destinée. Il y a énormément à dire sur le personnage d'Ichise, qui tout au long de la série apprend à vivre comme un être humain, à mettre de l'ordre dans son cerveau, à être guidé par d'autres motivations que la haine, qui dès lors prend conscience de son devoir en tant qu'homme, et fini la série en l'accomplissant (après un retour non négligeable à la case bourrinage intense, néanmoins). A vrai dire, si la série semble si proche de Blame ! dans les premiers épisodes, c'est notamment car le personnage d'Ichise n'a aucun but, que, comme Killy, il est condamné à avancer seul dans un monde hostile et à enchaîner combat sur combat sans espérer un échappatoire. L'émotion principale qui se dégage du début de la série est clairement cette haine à laquelle carbure Ichise, qu'il projette sur tout ce qui bouge, ce qui explique son hostilité et son caractère brutal. En étant texhnolyzé, Ichise voit son bras et sa jambe remplacés par ce qu'il considérera bien vite comme des appendices métalliques qui ne font que lui rappeler ses membres perdus. Il faudra que la chirurgienne lui dise que des cellules de sa mère sont dans ses membres texhnolyzés pour qu'il les accepte.
Ainsi, la première partie de Texhnolyze peut sembler très étrange, car tournant autour d'un personnage guidé par la violence et le sang, et un récit entremêlé introduisant une histoire qui ne devient claire qu'une fois qu'Ichise rentre dedans comme un personnage à part entière, avec une idée propre de ce qu'il doit faire, et non juste des sursauts débordants de haine.
Si le destin d'Ichise est intimement lié à celui de la ville de Lux - il prendra effectivement une part très importante dans la lutte gigantesque ayant pour issue la destruction ou la préservation de la ville -, il ne faut pas pour autant s'arrêter sur cet élément pour dire qu'il s'agit du héros de la série. De par son évolution assez classique, Ichise est en quelque sorte une référence constante pour le spectateur - il est l'un des rares personnages à apparaître (en vie) tout au long des 22 épisodes. Cependant, bien d'autres personnages tout aussi importants feront leur apparition.

La notion de destin prend assez vite une forme toute autre, lorsque c'est la destruction de tout (oui, la petite fille reste assez floue dans cette prédiction pour le moins radicale) qui est annoncée. Nous restons bien entendu dans le cadre de la ville de Lux, qui représente le monde connu, et apparemment le seul monde encore habitable par les hommes. Ainsi, chacun est concerné par cette prédiction, et cela fait transforme Texhnolyze en une série où les héros sont multiples, une sorte de chronique plus ou moins épique, en somme. Ce but ambitieux est atteint avec un brio remarquable, et ce grâce à divers éléments. Ichise n'est pas le personnage principal de la série, pas plus qu'il n'y a de réel méchant (enfin, si, mais est-ce vraiment un personnage ?...), mais des personnalités au caractère marquant et fort. On pense notamment aux divers chefs de gangs qui dirigent la ville et que l'on côtoie tout au long de la série, car ce sont eux qui vont décider du destin de la ville de par leurs actions. Tous sont des êtres complets, guidés par une quête personnelle, à l'instar d'Ichise, et pour la plupart guidés par un sens de l'honneur et une sagesse qui font d'eux des vrais hommes dignes d'estime. Et c'est là que l'on se dit que quoi qu'il arrive la conclusion avait un coté irrémédiable, car chaque événement y ayant mené était difficilement altérable.

La conclusion de Texhnolyze, c'est sa clé de voûte, là où tous les innombrables éléments de la série se rejoignent pour former un tout incroyablement cohérent et puissant. Elle permet de comprendre tous les partis pris des auteurs, et donne tout son génie à l'oeuvre. Il n'empêche que Texhnolyze est du début à la fin une série extrêmement glauque, jusqu'à un point presque risible, mais parfois difficilement soutenable dans le mauvais goût. En cela, elle s'adresse avant tout aux amateurs de séries B et séries Z habitués aux mauvais traitements visuels.
Cela mis à part, Texhnolyze est esthétiquement plutôt dépouillé, aux couleurs relativement ternes (nous sommes dans un monde souterrain, après tout), à un tout autre extrême que le très dense et chaleureux Ailes Grises. La bande-son signée entre autres Hajime Mizoguchi (Jin Roh) colle à la perfection avec l'ambiance, alternant morceaux très expérimentaux, électroniques (dont le superbe générique) ou classiques, avec une sensibilité qui n'est pas sans rappeler les travaux d'un Kenji Kawai (Avalon, Ghost In The Shell).

Texhnolyze est un nouveau chef d'oeuvre pour le duo Ueda/Abe, après Serial Experiments Lain, NieA__7 et Ailes Grises. Celui-ci est peut-être le moins accessible de tous, le moins clair aussi, mais c'est surtout une expérience quasi uniquement visuelle très intense, et un coup d'éclat sur le plan de la narration. Grâce à cela, Texhnolyze mérite les applaudissements.

A découvrir

Patlabor - WXIII

Partager cet article

A propos de l'auteur

9 commentaires

  • Anty

    25/06/2006 à 19h04

    Répondre

    La première chose qui surprend est l'absence quasi totale de dialogues (uniquement au début), on se laisse guider dans un underground qui mène à un entrepôt où des hommes d'une organisation coupent bras et jambe d'Ichise. Ce dernier y survit mais est "texhnolyzé" (greffe de bras et jambe robots). La suite logique serait qu'Ichise prenne sa revanche mais Texhnolyze nous fait subtilement dériver, peu à peu, dans un désespoir tel qu'on assiste à la rupture inexorable de l'équilibre factice de son monde.

    On sombre dans un abysse d'horreur subjuguant. La folie devient raison et réciproquement. Un anime qui offre une réflexion sur le sens (ou le non-sens) des choses, de soi, du vide et de la solitude.

    Comme le dit Jade, Texhnolyze est peu accessible. Je doute que beaucoup soient capables d'apprécier cet anime. J'ai lu des critiques de personnes s'étant arrêtés au premier épisode, justifiant leur abandon par "un scénario inexistant" ou "pas de paroles". C'est le même genre de gens simples qui ne lisent que le début de Berserk ou qui taxent Jin-Roh d'ennuyeux...Des remarques d'un pathétisme affolant. N'y prenez guarde et foncez regarder Texhnolyze.

  • juro

    26/06/2006 à 00h50

    Répondre

    D'un côté, je suis d'accord avec vous deux, la série m'a donné beaucoup de plaisir mais il faut vraiment se mettre dedans et on ne peut pas décrocher un instant de cette ambiance particulière... mais d'un autre côté Texhnolyze, c'est quand même très surfait, c'est du vu et revu pour le scénario avec l'ambiance de Lain (coucou Abe)en plus. On ne me fera pas croire que perdre un personnage dans un monde apocalyptique et deshumanisé à outrance relève du génie pour le scénario. C'est plutôt côté ambiance que ça se "joue"

    L'ennui n'existe pas, on a toujours l'impression que quelque chose se passe même si on n'est pas toujours très sûr de quoi... un peu comme un film de Gus Van Sant les giclées de sang en plus. Bref, ça reste à voir même si je demeure moins enthousiaste que vous deux.

  • platypus-sensei

    26/06/2006 à 12h26

    Répondre

    Tout ce que vous dites me donne vraiment envie de le découvrir. J'ai peronnellement adoré jin Roh (cité en comparaison) mais je dois dire que je me méfie un peu des oeuvres "à ambiance" c'est à dire où il ne se passe rien et où le spectateur est sensé prendre un air grave et satisfait se disant en son for intérieur "quel oeuvre, quel génie, tout ce vide..." (genre last days l'antihéro se lève (10 min) il prend son petit déjeuner (15 min) il marche dans son jardin (20 min) générique de fin gnmpf ). bref c'est aussi un peu la mode du minimalisme à outrance et des films qui ne disent rien. Dois je m'attendre un peu à cela ou puis je espérer un contenu?

  • juro

    26/06/2006 à 12h56

    Répondre

    De ce que je me rappelle (ça fait un moment que je l'ai vu), il y a des scènes d'action plutôt réussis mais ce n'est pas ce qui prédomine et des fois, on a vraiment l'impression qu'il va se passer quelque chose et puis... rien (ou alors un truc m'avait échappé).
    C'est assez contemplatif comme anime, les plans fixes sont beaux mais lents. L'animation en elle-même reste assez somptueuse. Pour le reste, reporte-toi à mon autre commentaire ou à un avis qui l'a mieux en tête...

  • platypus-sensei

    21/10/2006 à 02h17

    Répondre

    Comme je l'avais dit précédemment, je me méfiais un peu des oeuvres glauques, contemplatives, minimalistes etc... car souvent elles ne reposent que sur les standards de la modes esthétiques actuelles et sont desespérement creuses...mais dans le cas de Texhnolyze je ne regrette vraiment pas d'avoir franchi le pas. Le premier épisode donne tout de suite le ton, visuellement c'est la claque, plans extraordinaires, effets de lumière, traitement de l'image...on lorgne du côté de chez Lynch (à mon sens on est loin de la série b ou z citée par Jade). La bande son est tout a fait du même acabit, très eccléctique elle colle parfaitement à l'ambiance. Pour ce qui est de l'histoire, c'est clair qu'il faut s'accrocher et qu'il y a certaines lenteurs au cours des 22 épisodes mais cela n'en rend que plus passionnant les derniers épisodes (je défi quiconque de ne pas regarder les 4 derniers à la suite wink ).
    Bref un chef d'oeuvre.

    ps le coffret dvd est bien foutu ce qui ne gache rien...

  • Goumiliov Le Kuskoy

    18/03/2007 à 19h56

    Répondre

    Une anime qui se savoure visuellement ^^ Côté histoire, l'obscurité des premiers episodes m'a rappelé Ergo Proxy. J'adore, j'adhère.

  • Anonyme

    28/08/2007 à 15h06

    Répondre

    Texhnolyze est selon moi - avec Lain et Cowboy Bebop - l'anime la plus aboutie à ce jour, d'un point de vue visuel et scénaristique.


    Je la déconseille néanmoins fortement aux moins de 20 ans, tant la thématique est complexe et adulte (par-delà la lutte des classes : la lutte des corps au sein de la société). Même si ceux qui n'arrivent pas à accrocher au scénario seront ébahis par la qualité visuelle (sans précédent), comprendre l'histoire, c'est comprendre son actualité et l'intelligence de ses concepteurs vis-à-vis du monde moderne dans lequel l'être n'existe pas sans une famille, un groupe, un combat.  


    Un des rares chef-d'oeuvres du monde des anime.  

  • Anonyme

    08/10/2007 à 19h48

    Répondre

    J'ai pas mal aime. C'est tres etrange et deroutant. 


    Il ne faut pas decrocher au 1er episode qui annonce la structure du recit. 


    La musique d'ambiance de certains passages est terrible... spaciale et deconcertante.


     


     

  • Dat'

    08/10/2007 à 19h50

    Répondre

     


    Musique affolante, graphisme sublime, ambiance incroyable, perso c'est l'anime de l'année derniere pour moi...

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Chez Krinein Manga et animes, c'est la culture japonaise qui est mise à l'honneur grâce à des critiques de shonen, shojo et autres termes bien connus des vrais fans. Toi même tu sais.

Rubriques