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Thermae Romae - Voyage en terre inconnue sans Frédéric Lopez

La série s’est achevée en décembre dernier chez Sakka (même si une édition de luxe est maintenant en cours de parution) et Krinein a voulu laisser un petit peu de temps avant de vous parler pleinement de ce titre atypique qu’est Thermae Romae. Trèves de bavardages… Place à la critique !


Lucius Modestus, architecte spécialisé dans la conception de thermes, est congédié par son patron qui lui reproche son style vieillot et son trop grand respect des traditions architecturales dans une Rome florissante qui réclame de la nouveauté. Pour retrouver l'inspiration et méditer sur ses échecs, Lucius, en bon Romain adepte des plaisirs du bain, va se tremper un peu pour se détendre. Alors qu'il s'immerge dans le bassin, il est entraîné par un courant mystérieux et émerge toujours dans un établissement de bains mais dans un lieu inconnu. Il se croit dans un quartier d'esclaves aux "visages plats", mais nous, nous savons qu'il a atterri de nos jours au Japon, pays qui a la particularité de partager avec la Rome antique le même goût et le même raffinement pour l'art des bains. Après s'être remis de ses émotions, Lucius se rend compte de ce que les découvertes faites dans ce lieu peuvent apporter à sa manière de concevoir les thermes et remédier aux critiques dont il avait été victime. Dès lors, à chaque fois qu'une question technique ou une demande de client lui sera soumise, Lucius ira se baigner, sera emporté vers le Japon moderne, et trouvera dans cette expérience la réponse à son problème. Très vite, il devient la coqueluche de sa profession et attirera l'attention de clients très haut placés, jusqu'à l'empereur Hadrien lui-même.

L'une des choses les plus étonnantes dans Thermae Romae, c'est son thème. Il fallait aller le chercher ! Mieux encore : il fallait réussir à construire une intrigue solide autour d'un homme qui change d'époque en prenant son bain. Mari Yamazaki réussit donc un tour de force en proposant un joli renouvellement des personnages au fil de l'histoire (avec la femme de Lucius, l'empereur, le vieux du bain, la jument, Satsuki…) et permet ainsi que son récit ne s'essouffle pas et reste « cohérent ». Eh oui, l'auteure, même si elle a introduit un élément de fantastique (le passage d'une époque à l'autre), tente tout de même de rester ancrée un maximum dans la réalité. Dans ses petits récits d'explications inter-chapitres, on se rend aussi compte qu'elle a effectué un travail de recherche colossal pour que son titre reste aussi proche du réel que possible. Chaque voyage de Lucius dans notre monde est un moyen pour lui de découvrir quelque chose de nouveau et voir son air complètement ébahi devant des choses que l'on considère comme acquises peut être considéré comme un vrai petit délire. Il n'hésite pas, farfouille, découvre alors qu'il n'est pas chez, ne connaît personne et est incapable de communiquer à cause de la barrière de la langue. Qu'à cela ne tienne, il en faut plus pour arrêter un homme du passé qu'un simple problème linguistique ! 

Evidemment, avec un thème pareil, l'humour a une place toute définie dans la narration et il semblerait que Mari Yamazaki puisse utiliser absolument tout et n'importe quoi pour faire rire le lecteur. Du simple savon en passant par la serviette et une jument au caractère bien trempé, l'auteure réussit à multiplier les scènes hilarantes en jonglant habilement entre jeux de mots et situations ridicules et/ou absurdes (chapeau à la traduction/adaptation pour le travail effectué à ce niveau d'ailleurs puisque ça n'a pas du être facile du tout).

En ce qui concerne les personnages, ils possèdent tous un caractère et un style bien distinct bien qu'on remarque qu'ils mélangent leurs objectifs tant le changement d'époque les affecte. Alors que le but ultime de Lucius est de construire un bain qui plaira à l'empereur Hadrien, il va vite se rendre compte qu'il peut trouver l'amour dans cette époque complètement différente de la sienne via Satsuki, la jeune femme passionnée de Rome antique. Cette dernière va complètement changer la perception de Lucius des « visages plats » qu'il ne pouvait, juste là, pas comprendre. En introduisant un mode de communication pour le Romain, Mari Yamazaki donne une sorte de médiateur qui va pouvoir concilier les deux époques. C'est grâce à Satsuki que les plus gros progrès de Lucius seront faits et c'est principalement grâce à elle
qu'il pourra enfin proposer à Hadrien ce qu'il recherche.

Vous l'aurez probablement déjà compris mais Thermae Romae est un très bon titre qui nous fait voyager entre deux époques et qui nous permet de poser un regard nouveau sur ce que l'on fait de nos jours quand on prend un bain (vous n'avez pas envie d'utiliser des sels vous ? Oups…). Sakka propose là un titre atypique qui peut faire l'unanimité chez tous les types de lecteurs tant le scénario est propice à de multiples scènes (action, humour, … il y en a pour tous les goûts). Avec l'édition de luxe qui est en cours de parution, l'éditeur tente même de le faire lire aux amateurs de BDs plus traditionnelles, c'est dire ! Avec un titre pétri de qualités comme celui-ci, ils ne devraient plus hésiter.

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A propos de l'auteur

Un peu fou mais passionné de manga depuis ma plus tendre enfance, je n'hésite pas à tester tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi en fait...).

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