La Tour Fantôme - Valse des genres en pleine histoire de meurtre

L'histoire commence avec un loser, Taïchi Amano qui se fait agresser dans une horloge désaffectée. Ce dernier est secouru par une personne très étrange du nom de Tetsuo. Alors que se forme une relation complexe entre les deux jeunes gens, on découvre un personnage mystérieux sur lequel il est très difficile de porter un véritable jugement au début de la série.

Avec une édition qui a connu des hauts et des bas à cause du changement d'imprimeur chez Glénat, on arrive quand même au bout de La Tour Fantôme sans délai et avec un plaisir non-dissimulé.


Taïchi et Tetsuo sont sur un bateau…

Taïchi est un personnage qui évolue assez bizarrement. Il lui arrive d'avoir quelques moments de génie où sa détermination fait des miracles comme lors de la mort de Megumi ou lorsqu'il se retrouve dans Tetsuo dans la tour fantôme. En fait, il lui faut un élément déclencheur fort. Sans ça, il reste un simple jeune homme sans grandes ambitions. 

Tetsuo reste mystérieux pendant très longtemps. Le jeune homme, qui n'en est pas vraiment un, va tout faire pour faire se faire accepter en tant que quelqu'un qu'il n'est pas. Sa volonté d'être un homme surpassera tout le reste et c'est dans cette optique qu'il agira à chaque fois. Il n'y a pas une seule de ses actions qui n'est pas motivée par cette idée dans toutes la série. On a rarement vu un personnage qui reste aussi fidèle à ses idées. 

La relation entre Taïchi et Tetsuo en particulier évolue très rapidement  au début et même si on sent toujours un certain malaise, les deux jeunes gens ne semblent pas faire grand-chose pour en sortir. Evidemment, le fait qu'ils doivent se faire passer pour un jeune couple ne pas non plus beaucoup aider… Par contre, il y a un gros vide entre le tome 4 et 6 où ils semblent bloquer avant de trouver un nouveau point de divergence. 


Technique et efficacité 

En ce qui concerne le dessin, on se trouve en présence de quelque chose de très lisse et les personnages ressemblent parfois à des poupons même si le tout se marie bien avec les décors d'époque. On notera d'ailleurs l'accent mis sur la documentation qui permet à l'auteur de reproduire Japon d'époque intéressant et réaliste. Par exemple, l'inondation de Hanshin est l'un des phénomènes les plus tristement célèbres du siècle au Japon.

L'un des gros points forts de La Tour Fantôme, c'est son ambiance tendue et oppressante à souhait. L'auteur en tire partie pour continuer à jouer avec les nerfs du lecteur qui se retrouve baladé par des personnages qui ne possèdent pas une once d'honnêteté. Il est très difficile de discerner le vrai du faux et on ne sait jamais à quoi s'attendre. D'une histoire de meurtre, on passe à une réflexion sur ce que c'est que d'être un homme (ou une femme). 

Les deux personnages inversent leurs genres et vont se mettre dans la peau de ce qu'ils ne sont pas. Plutôt que de ressentir du dégoût, Taïchi (c'est lui le moins habitué à ce genre de changement) va se mettre à éprouver les difficultés d'être une femme. Il va même en arriver à penser à leur manière. 


Un arc final qui n'hésite pas à voir les choses en grand

C'est dans un climat particulièrement propice au conflit que commence le dernier jeu de Marube : une exploration de la Tour en groupes. Le détail qui tue ? Il a fait venir un petit nombre de criminels pour pimenter le jeu (mais surtout servir de chair à canon) et annonce que chaque groupe pourra garder la moitié des gains… 

Ce petit jeu qui représente ce que l'on pense être le point culminant de sa perversion de Marube (le dernier volume nous montrera que l'on se trompe royalement). Ce dernier va jusqu'à débaucher des criminels pour assouvir ses désirs malsains et nul doute qu'il tentera de profiter de Tetsuo une fois qu'ils seront dans la tour (ce n'est pas l'espace mais je doute que quiconque l'entendra crier…). 

L'avancée de chaque groupe dans la Tour viendra résoudre l'une des énigmes de l'histoire petit à petite : l'identité de l'horloge de la mort, la raison de l'obsession de Marube pour Tetsuo, l'avenir de Taïchi, les désirs de Yamashita… L'auteur ne laissera rien au hasard et chaque énigme sera résolue. 

L'ambiance aux petits oignons instaurée par le dessin inquiétant de Taro Nogizaka – que les fans de Kei Sanbe ne pourront pas s'empêcher d'apprécier rend La Tour Fantôme particulièrement intrigant. Il fait partie de ces seinen solides sur lesquels on peut compter pour passer un bon moment sans trop s'ennuyer dans des phases redondantes dictées par le format manga. Nogizaka sait tenir son lecteur en haleine mais sait aussi quand le faire avancer, un très bon cocktail pour les amateurs du genre.

A propos de l'auteur

Un peu fou mais passionné de manga depuis ma plus tendre enfance, je n'hésite pas à tester tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi en fait...).

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