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Tsuru, princesse des mers

Après le poignant Stratège, Hideki Mori délivre sa nouvelle oeuvre reprenant les bases qui avait fait le succès de la précédente : un personnage mal aimé qui va devoir convaincre pour se faire accepter mais cette fois-ci le deuxième sexe est à l'honneur avec Tsuru, princesse des mers (Umizuru). Voici un manga basé sur un récit historique de la seule princesse guerrière japonaise au cours d'un siècle où les propos machistes et les guerres civiles se multiplient. Le XVI° siècle sera sanglant à moins qu'une ‘grue' ne fasse son apparition...

Girl power

Tsuru
Tsuru
Tsuru (grue en français) est un garçon manqué. Au lieu de se conformer à son rôle de femme au foyer comme le veut l'époque, la jeune femme s'émancipe, agit contre nature en dépit de son apparente féminité. Plus forte que la plupart des hommes du clan Mishima, elle fond sans l'avouer pour son fiancé désigné pour le futur mariage arrangé. Née pour être dirigeant de la flotte familiale, elle est forcée de se contraindre aux règles en vigueur mais ne manque pas une occasion de mettre en valeur ses talents martiaux, excellant notamment dans les combats au corps à corps. Trop libre, trop indépendante, elle est souvent rappelée à l'ordre par son clan. A l'aube de l'arrivée des colons européens, période de grands changements, la princesse rêve d'horizons nouveaux, surtout après la découverte d'une épave étrangère. Mais ces rêves risquent de s'assombrir trop vite lorsque le clan Ouchi décide de déclarer la guerre aux Mishima. Une guerre sur mer, une mer domptée par sa princesse, Tsuru...

L'essentiel du scénario tourne autour de son personnage principal. Sous ses airs de femme enfant éternellement insatisfaite de son sort, la belle princesse Tsuru cache un potentiel de leader. Si le reste du clan Mishima n'est pas forcément très bien perçu par le peuple, la princesse est le rayon de soleil des villageois qui apprécie sa joie de vivre et son sens de l'espièglerie même si elle ne l'utilise pas toujours à bon escient. Elle rêve d'autres destinations, de découvrir le monde et d'échapper à son destin qu'elle ne peut se résoudre à accepter, soumise à un mari. Jeune et fougueuse, elle n'hésite pas à braver le danger et mettre sa vie entre les mains de la Mort pour obtenir satisfaction. Son courage n'a d'égal que son inconscience, ce qui l'amènera dans un lot de situations périlleuses au beau milieu de la bataille navale qui se préfigure.

Autour d'elle, les personnages ne s'accumulent pas, ses frères, seigneur et chef de guerre, et son amoureux transi Kurotaka, ne sont que des faire-valoir sans grande importance. Les personnages masculins ne sont pas à la fête mais en même temps Mori reprend les éléments du succès de Stratège, un personnage principal omniprésent et bourré de multiples talents.

A la découverte du monde

Entre trahison et guerre, l'intrigue prend de l'ampleur mais à force de voir les superbes représentations de Mori, la comparaison est inévitable avec Stratège. Le profane n'y perdra rien mais sera-t-il toujours convaincu après avoir feuilleté le précédent manga ? Tsuru, princesse des mers perd beaucoup de l'intensité que possédaient les aventures de Ke-ri. Cependant, le contexte historique porte encore le manga et le plaisir de découvrir les us et coutumes d'un Japon médiéval trop rarement montré rend la lecture agréable. Pour une série en trois volumes, le mangaka prend le temps d'exposer avec brio son plan... un peu comme dans Stratège.

Le trait d'Hideki Mori est toujours aussi précis et juste dans les proportions. C'est sûrement le meilleur argument pour faire apprécier Tsuru, princesse des mers. Le mangaka fait de ses personnages les fers de lance car il n'accorde que peu de place aux décors, souvent disparus derrière des hachures. Ces personnages aux traits creusés et aux nombreux détails du visage prennent un sens car ils sont représentés sans artifice. Le sens du découpage très classique rend la lecture aisée, d'autant plus que l'édition est parfaite.

A tous les niveaux, Tsuru, princesse des mers est moins passionnant que Stratège mais il n'en reste pas moins un bon manga qui peut être l'occasion de découvrir Hideki Mori, un mangaka qui se passionne pour le Japon d'antan et des sujets originaux. Et comme en plus, comme la pointe historique qui touche l'oeuvre laisse vraiment l'impression d'avoir appris beaucoup, on ressort grandi de cette lecture princière qui propose une version plus adulte de Princesse Saphir de Tezuka. Du coup, l'attente de son prochain titre, Tengu, devient insupportable, tout comme voir comment il se débrouille en successeur de Goseki Kojima pour la nouvelle mouture de Lone Wolf & Cub.

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1 commentaires

  • juro

    19/06/2005 à 15h05

    Répondre

    Fin de l'épopée de la princesse guerrière pour ce drame historique. Après un petit peu plus de 100 pages, le dénouement se fait dans la même lignée que celui de Stratège. Sans jamais vraiment réussir à se détacher du ton donné à sa précédente oeuvre, Hideki Mori rend une bonne copie pleine d'anecdotes historiques autour d'un personnage principal charismatique. A noter, deux nouvelles toutes aussi intéressantes pour compléter ce dernier volume.

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