7.5/10

Underskin

Un manfra réalisé par des Italiens. Et on est loin de tomber dans la science-fiction spaghetti. Bien au contraire.

Et si un gigantesque complot à l'échelle de l'humanité mettait en scène des robots qui prendraient la place d'humains, les remplaceraient dans leur vie de tous les jours sans que personne ne s'en aperçoive, cela donnerait sans doute Underskin. Un pas vers un des buts désirés depuis toujours par l'homme, l'immortalité se trouve franchi mais à quel prix ? Iovinelli et Dall'oglio tentent de répondre à cette interrogation à travers un véritable manfra (réalisé par des italiens) de science-fiction s'inspirant des lois robotiques d'Asimov mais aussi de Métropolis et plus globalement d'un univers policier à la manière de Ghost in the Shell...

Des robots et des hommes

Underskin (c) Shogun
Underskin (c) Shogun
Eidos
, la cité-état d'un milliard d'habitants, semble être tout ce que l'humanité a toujours rêvé. Les robots aident les humains dans leur vie de tous les jours, s'occupant des tâches ménagères et servant leurs maître quoiqu'il arrive. Mais derrière cette vitrine de ville idéale, se cache une vérité bien plus obscure, faite de violence et de corruption. Eidos est dirigée dans l'ombre par de puissantes Geld, des corporations qui contrôlent la politique et l'économie de la mégalopole. La Geld des immortels, la plus influente d'entre elles, a donné naissance à une religion qui considère l'immortalité comme une évolution logique de l'humanité. Et désormais, ses membres sont prêts à tout mettre en oeuvre pour rendre ce rêve bien réel…

Si le scénario explore une voie déjà vue dans le genre, la manière de le présenter se montre des plus intéressantes. Par une progression bien amenée dans les clés de l'intrigue, Underskin montre un potentiel riche. Des premiers pas étranges avec un personnage voyant sa vie se dégrader du jour au lendemain, se dégage la trame d'une mise en scène élaborée dans laquelle une enquête policière contre un cyberterroriste prend le pas sur le reste. Beaucoup d'éléments scénaristiques se mettent en place comme un socle travaillé pour porter le lourd édifice que semble être Underskin. Immédiatement, le ton sonne seinen pour ce manfra regorgeant de trouvailles convaincantes qui remettent en scène une sorte de Puppet Master fou et sans aucune limite. Dans l'ombre, d'autres personnages apparaissent encore plus dangereux et les incontrôlables robots apparaissent suspicieux contre leur gré, on en vient à douter de tout/tous à tel point que le polar en devient passionnant dès sa prise en main. Parallèlement, le seul hic réside dans le grand nombre de personnages difficiles à identifier et dont on ne sait trop le rôle. Des éléments devront faire leur apparition sous peine de lasser par la suite... Les villes d'Underskin sont la conséquence du progrès technologique à tel point qu'elles s'en trouvent déshumanisées, grises et avec une densité de population affolante. Ces gigantesques agglomérats rendent d'autant plus dangereux la menace terroriste, comme si un climat de crise était nécessaire pour que l'humanité se réveille et réagisse enfin.

Cybersoul

L'ambiance noire d'Eidos fait penser à de nombreuses oeuvres nippones. Outre celles déjà citées, on a l'impression que les auteurs ont effectué un véritable travail de documentation à travers les références dans le genre (Akira) et d'autres plus récents (Texhnolyze, Pluto), et bien évidemment tout un lot de films... Cet ensemble cohérent se trouve réinterprété avec ferveur par un duo inspiré qui s'en donne à coeur joie pour profiter de toutes les occasions pour porter un clin d'oeil appuyé. Mais c'est fait avec tellement de classe et une mise en scène brillante qu'on s'y reprend à deux fois pour bien tout saisir. D'ailleurs, à la manière de Masamune Shirow, le duo italien abreuve de notes en fin de volume pour expliquer ses références (qui sont même parfois inaccessibles pour le commun des mortels... à moins de ne lire que de la science-fiction pure et dure).

Le travail graphique de Massimo Dall'oglio est tout aussi intéressant. Entre BD et manga, on a vraiment l'impression d'assister à quelque chose de nouveau. Pas de parti pris vraiment définitif pour le duo aussi bien du niveau du découpage que de l'évolution du scénario. le rythme n'est paseffréné , les auteurs prennent leur temps pour poser leur histoire et cela se sent dans le trait du dessinateur, performant sur un grand nombre de plans pour un résultat optimum. Ceci sans doute aussi du fait du rythme de parution étalé du manfra. Mais quand la qualité est là, tout va...

Underskin satisfera tout amateur de science-fiction déçu par les dernières nouveautés nippones ou autres dans le genre. Un polar recherché dans ses références qui montre que les parutions occidentales peuvent rivaliser avec les asiatiques dans le même format, un peu comme Sanctuaire Reminded avant lui. En produisant de la qualité mais sans oublier leurs racines européennes, les auteurs livrent un très bon manfra d'anticipation plaisant à lire et à relire.

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2 commentaires

  • Anonyme

    09/05/2008 à 11h26

    Répondre

    Merci pour votre super-critique !


    Nous en sommes très fier.


    Les auteurs de Underskin

  • Kei

    09/05/2008 à 14h40

    Répondre

    Non mi sarei mai aspettato a vedere un autore italiano rispondere in francese su questo sito

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