8/10

Ushijima, l'usurier de l'ombre

"Besoin d'argent ? Allez voir Ushijima, un bon samaritain qui vous prêtera de l'argent contre une modique somme d'intérêt."

Une pub de la société Buy Buy.

Le nerf de la guerre reste l'argent aussi bien pour les capitalistes que pour Ushijima, l'usurier de l'ombre. Habitué à faire raquer une population du paraître dompté par ce maître mot, le héros de ce manga représente le principal observateur de cette société en décomposition, placé dans une dépendance souveraine à l'argent. Argent, dépendance et surtout rapport de force entre le monde la pègre et celui des gens communs. Les mauvais héros du quotidien apparaissent à l'honneur dans ce titre d'une noirceur profonde.

Money, money, money...

Ushijima (c) Kana
Ushijima (c) Kana
Une journée ordinaire débute pour Ushijima : des clients font la queue pour lui emprunter de l'argent. Pour Takada qui débute au service de l'usurier, c'est la découverte d'un monde souterrain où l'argent règne en maître.
Guidé par Ushijima, Takada apprend les ficelles du métier, et les combines pour soutirer aux clients leurs derniers sous... Sans aucun état d'âme !

Ushijima est une satire de la société nippone actuelle par le biais de portraits de certaines tranches de population très particulières : petit chef de gang, femme au foyer accroc au jeu, arnaqueur à la petite semaine... Tous se regroupent autour de la pompe à fric représentée par un usurier de l'ombre, sorte de prêteur sur gages -fin physionomiste devant l'absolu- "offrant" de l'argent à de futurs "esclaves" à des taux d'intérêt exorbitants. Les emprunts s'accumulent et les dettes aussi... Ainsi que les soucis... Car cet usurier n'a rien de commun avec un banquier courant, il est prêt à user de tous les moyens pour récupérer les traites dues au jour le jour par ces clients. Si le sujet pouvait ne rien avoir de haletant au premier abord, la mise situation signée Shôhei Manabe se veut radicalement noire et glauque. Le manga s'attaque à montrer les torts et travers de la société dans ce qu'elle possède de plus détestable. Der la même manière que Ki-itchi !! ou les titres d'Inio Asano, l'auteur remue des choses malodorantes sans prendre de précautions avec son lecteur de telle manière que les chocs visuels sonnent encore plus forts. Et Ushijima regorge de chocs visuels... Rien que son personnage principal, sorte de monstre physique, colosse calme au regard de braise donne une impression de mal-être au premier regard. Mais son rayonnement attire tout autant que son but mal défini encore...

Des loups dans la bergerie

Ici bas, seul le fric compte. Tous les acteurs du titre l'ont bien compris. Fric égal pouvoir, pouvoir égal vie aisée. Logique simple mais implacable. Même si pour obtenir cette source de pouvoir il faut en passer par des actes illégaux. Le dénommé colosse Ushijima possède des méthodes bien rodées qui lui donnent des résultats évocateurs mais au-delà de la violence verbale et physique omniprésente, ce qui retient l'attention du lecteur tient dans la perceptible tension qui se dégage de toute action calculée. Et tout amateur qui tendrait à se soustraindre à ses dettes risque de le payer cher. Comme des proies ne pouvant rien face à l'inéluctable plan machiavélique d'un système sans faille. Des lapins tombant dans des pièges à ours pour être finalement dévorés par les loups. Mais attention, de jeunes loups rôdent dans le repaire du chef de meute... Manabe montre tellement de thèmes dans ce manga que l'on ne peut évoquer que quelques uns : dérive de la société, règne du tout argent, fin de la solidarité et de l'entraide entre hommes, loi du chacun pour soi prédominante, obsession et vices de l'âme humaine. Noir. Très noir.

Le trait évolue considérablement en bien entre les volumes successifs. Des débuts assez patauds, les progrès sont rapides pour offrir un personnage principal encore plus inexpressif (sauf à des occasions très ponctuelles) et charismatique. Les personnages secondaires, souvent véritables moteurs des intrigues, se démontent progressivement pour finir par toucher au ridicule, ne sachant pas à qui ils se sont attaqués. L'ensemble est assez hétéroclite mais vraiment supérieur à la moyenne actuelle de mangas du genre.

Un très bon manga qui tourne autour d'un même sujet avec une véritable conscience d'un mal-être sociale vue par l'autre bout de la lorgnette, celui dans lequel tombent ceux qui n'ont plus d'espoir ni confiance. Une véritable réflexion sur les bas fonds qui ne veulent pas être vus autour de nous. Et encore une fois, une réussite sortie chez Kana.
A découvrir

Fleuve Shinano (Le)

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Pandala

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6 commentaires

  • Dat'

    02/04/2008 à 21h59

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    Je suis habitué aux oeuvres de désaxés, mais ce manga est d'un glauque ! C'est pourtant rare que l'on "m'étonne" sur ce point...


    Il met à jour les vices les plus enfouis du genre humain. L'histoire n'est qu'un pretexte pour nous refiler une succession de peintures, de tableaux tous plus sombres les uns que les autres, en prenant le parti pris de l'ultra réalisme...


    Un excellent manga, mais certains vont grincer des dents...

  • juro

    03/04/2008 à 00h04

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    Mince, c'est une future critique, ça !


    Oui, Ushijima possède un côté captivant avec une satire sociale assez juste en confondant certaines tranches de la population nippone. Je n'en dirais pas plus, je risque de me trahir sur mon futur avis... 

  • Dat'

    03/04/2008 à 00h09

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    ah ben j'attends avec impatience ta critique alors ^^

  • Dat'

    20/04/2008 à 21h59

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    Ah ben voila la critique, tres bonne. clair que le mangaka remu des choses que personne ne veut voir, et certains histoires font presque mal au coeur (La jeune femme qui se deshumanise petit à petit, à se transformer en âme érrante qui se prostitue pour pas un copek, au secours..)


     


    Mais le tout tombe pas dans les travers du "hardcore facile", et est extremement bien maitrisé...

  • Oreiller

    22/04/2008 à 01h25

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    Je n'ai lu que les deux premiers tomes et je suis en tout point d'accord avec la critique, Ushijima est tout sauf un manga destiné aux personnes cherchant une intrigue mièvre, on est ici plongé dans les recoins les plus sombres de l'âme humaine et le mangake ne prend pas de gants pour le faire. L'exemple de la femme se prostituant est particulièrement choquant dans son genre et reflete bien l'ambiance du manga.

    Bref, un excellent manga mais que je ne conseillerais pas à tous.

  • Anonyme

    06/09/2010 à 04h24

    Répondre

    Voila une tres bonne critique de ce manga. Je me permettrais d'ajouter une chose.Le fait que Manabe ait volontairement "deshumanisé" le soit disant personnage principal qu'est Ushijima pour le rendre plus objectif (donc plus critique) est compréhensible,mais on peut regretter qu'il soit relégué au second plan et qu'il ne fasse pas plus partie du scénario.Ne serait-ce que des détails sur  lui,son passé etc...Histoire de faire évoluer tout ca et de redonner un second souffle a une série qui en est déja à son tome 13...

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