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X Girl

Le délit de sale gueule est une chose terrible. Surtout pour les manga. On ne compte pas les séries qu'on n'a jamais, ne serait-ce que feuilleter, juste parce que leur couverture était laide, alors qu'elle ne correspondait pas du tout à ce que l'on peut trouver à l'intérieur. Et combien de fois à-t-on ouvert un manga à cause d'une jolie couverture pour se rendre compte que l'intérieur était bâclé ? Heureusement, il y a tout de même quelques séries pour lesquelles les couvertures font plus que donner le ton. C'était le cas avec Bambi, c'est aussi le cas avec X Girl.

X Girl
X Girl
Il suffit d'apercevoir le dessin pour comprendre ce qui attend le lecteur : des jolies poupées, des gros seins, de l'action et de la baston. On fait difficilement plus racoleur, mais pour une fois, ce coté est totalement assumé.

Les X Girl sont un girls band pas comme les autres. Certes, elles sont mignonnes, chantent et dansent, certains leur vouent un culte. Elles portent des tenues courtes, ont un air mutin et aguicheur, mais tout ceci n'est que la face visible de l'iceberg. Car si de jour elles font des concerts, de nuit elles traquent les méchants qui salissent la face du monde. Malheureusement pour elles, des méchants encore plus méchants que les méchants de d'habitude (qui sont déjà bien méchants) ont un plan diabolique pour conquérir le monde : ressusciter la momie d'un prêtre occulte qui leur assurera un pouvoir démoniaque. Heureusement pour la planète, monsieur J, le mentor de notre trio est sur l'affaire et sait comment faire échouer les plans des vilains. Il charge donc les trois filles de récupérer des morceaux d'une tablette couverte de hiéroglyphe. Elles pourront aussi compter sur les inventions de Georges, le petit génie de cette organisation souterraine au service du bien.

X Girl est un pot pourri revendiqué. L'auteur le dit lui même dans son petit mot que l'on trouve sur un des rabats de la couverture. Il voulait faire un clone de Charlie's angels,mais s'est vite retrouvé sous l'influence des Morning Musume. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s'agit d'un des plus célèbre groupe de J-Pop, dans lequel se succède des starlettes toutes plus jeunes les unes que les autres, et toutes aussi attirées par le strass et les paillettes. Elles passent leur temps à tenter de se mettre en avant par rapport aux autres membres du groupe, pour pouvoir partir faire une carrière solo. La musique produite est très... japonaise. Il suffit de chercher sur Youtube.com pour voir certaines de leur créations. Mais au final, le résultat ne ressemble ni à l'un ni à l'autre. Car Chang-Sheng ne s'est pas contenté de piocher dans ces deux séries. Le Monsieur J rappelle par son nom le Q de James Bond, et les gadgets en pagaille rapprochent eux aussi ces deux oeuvres. Pour terminer le tableau, il faut également saupoudrer le tout d'une couche de fantastique et de magie. Ce manga est un vrai cocktail de tout ce qui se fait en matière d'espionnage, qui ne ressemble à aucune des séries dont il s'inspire, mais à un dessin animé sans doute inconnu à Taïwan, mais qui passe encore chez nous : Totally Spies. Si l'ensemble n'avait pas un ton plus adulte, on peut être sur que l'on aurait affaire à un copier/coller de cette série.

Mais rassurez vous, ces X Girl valent bien plus que les Totally Spies. N'importe quel amateur de fan service vous le dira. Les formes très avantageuses des héroïnes sont mises en valeur par des plans en contre plongée audacieux. Jetez donc un oeil au site de l'éditeur, vous comprendrez très vite de quoi je parle.

Mais peut-on en vouloir à l'auteur ? Ses héroïnes sont jolies mais le coup de crayon est bien mieux que ça. A croire que pour avoir de la nouveauté, il faut sortir de l'archipel et chercher dans les autres pays d'Asie. Le dessinateur taïwanais aux commandes de cette série s'en donne à coeur joie, et il aurait bien tort de s'en priver. Le trait est original et sort des sentiers battus. Les ombres ne sont plus que le simple résultat de l'application d'un certain nombre de trames, mais aussi de hachures, comme on le ferait en bande dessinée franco-belge (le travail de Bec en est un parfait exemple). Le trait en lui-même rappelle beaucoup certains auteurs franco-belges, Serpieri en tête (et pas seulement à cause de la capacité pulmonaire des filles).On regrettera simplement la surabondance de gros plans qui nous permettent d'admirer les jolis minois des héroïnes, mais qui ne sont finalement qu'une manière de masquer l'absence de décors.

Pour terminer, je voudrais saluer l'excellente initiative de Paquet. En dépit d'une édition grand format sur du papier de bonne qualité, ce volume n'est vendu que 5,95€. Une initiative plus que louable quand on voit que chez tous les autres éditeurs, le prix d'un manga tourne généralement autour de 7€ (pour monter très très haut). On en redemande.

X Girl n'est clairement pas le manga de l'année. C'est un volume médiocre qui ne laisse rien augurer de particulièrement brillant pour la suite, mais qui est une démonstration des talents artistiques de l'auteur. S'il venait à s'associer à un scénariste potable, on peut être sûr que l'on aurait une série qui vaudrait le détour. En attendant, on peut toujours profiter des dessins.

PS : je sais, Serpieri est italien.

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