7.5/10

Le Zoom de la semaine : Assassination Classroom

Kana a récupéré le nouveau succès du Weekly Shônen Jump alors qu'il a à peine un an de publication. En effet, c'est rare qu'une série soit obtenue aussi tôt, les éditeurs français préférant généralement attendre un peu pour voir l'évolution sur la longueur. Cependant, les deux millions de ventes des quatre premiers volumes furent un argument de poids dans la course à l'achat de la licence. Alors, récupération prématurée ou bonne pioche ? Premier avis sur un titre que l'on pourrait qualifier de dangereux pour le public français.

Les amateurs de manga ne resteront pas de marbre lorsqu'ils entendront (ou liront) le nom de l'auteur de ce nouveau titre puisque Yusei Matsui est déjà connu chez nous pour Neuro - Le Mange mystère, paru chez Glénat. Loin du succès fulgurant que connaît Assassination ClassroomNeuro avait pourtant duré 23 tomes au Japon, ce qui en fait un bon succès commercial (puisque sinon, il se serait arrêté au bout de quelques volumes). Pourtant, la série n'a pas vraiment connu la gloire qui lui était due (jetez un oeil et vous verrez qu'elle en vaut la peine), la faute probablement à l'humour typiquement japonais de l'auteur (il fut l'assistant de l'auteur de Bobobo-bo, série éditée chez Sakka en France, donc je vous laisse imaginer le style) et à un trait qui ne fait pas mouche aux yeux de tous même s'il sait le varier avec brio (action, humour, aventure, il y en a vraiment pour tous les goûts). 

Un smiley veut détruire le monde mais à part ça, tout roule.


Smileyface-sensei.
Un jour, des membres du gouvernement ont débarqué dans la classe des élèves en échec du célèbre collège Kunugigaoka. Ils sont arrivés escortés d'une créature tentaculaire prétentieuse. Elle a des raisons de l'être, car elle vient juste de réduire en poussière 70 % de la Lune. Comme son œuvre suivante est l'anéantissement de la Terre, elle est venue annoncer son projet à l'humanité. La réaction de celle-ci a été des plus saines : tenter d'éliminer la créature avant qu'elle n'accomplisse son projet… Seul bémol, elle se déplace à une vitesse hypersonique. Aucune armée d'élite ni aucun sniper chevronné ne sont parvenus à atteindre une cible aussi rapide. À court de solutions, les gouvernements de la planète ont décidé de confier la lourde tâche de l'élimination de cette menace à la classe de 3e-E. En effet, pour une raison encore mystérieuse, la créature a désiré devenir le professeur de cette classe en particulier. Les élèves d'abord déconcertés vont accepter de jouer le jeu à l'annonce des 100 milliards de yens de récompense. La classe de 3e-E reste composée malgré tout de tueurs improvisés. Depuis, les élèves doivent comploter quotidiennement pour trouver un moyen d'éliminer leur curieux professeur titulaire avant la fin de l'année scolaire. Cette étrange créature à l'apparence de poulpe est devenue leur cible à abattre ! Il faut alors faire preuve d'ingéniosité pour tuer un prof qui se déplace à Mach 20 et qui se régénère en quelques secondes. Le pire, c'est qu'il est plutôt bon prof ! Il sait conserver l'ordre au sein de son cours : “Les tentatives d'assassinat ne doivent pas perturber les cours”. Mais attention, les élèves de la 3e-E ne sont pas les seuls ! Un agent du ministère de la Défense surentraîné comme prof de sport et des tueurs à gages faisant office de professeurs remplaçants sont là pour les coacher et tenter eux-mêmes d'assassiner Korosensei. Une année scolaire mouvementée est à prévoir au sein de cette classe qui tue ! 

C'est ainsi que Kana présente son nouveau bébé et il faut avouer que le pitch est simple mais diablement efficace. Même s'il reste de nombreux points d'ombre (origine de Korosensei, raisons qui l'ont poussé à choisir cette classe plutôt qu'une autre...), les deux premiers volumes posent une base assez solide, ce qui permet au lecteur de se créer des repères immédiats : un alien à tuer, une classe de rebuts et des méthodes peu conventionnelles. Ces quelques mots ne se veulent en aucun cas réducteurs puisque le manga met quand même le destin de l'humanité entre les mains d'une poignée de lycéens sans les faire bouger de leur lycée (il fallait y penser) ! 

Pour l'instant, la série se découpe en petites histoires indépendantes les unes des autres (format traditionnel pour les nouvelles séries du Jump) et même si on a droit à un mini-arc avec l'arrivée de Karma, le tout est expédié très rapidement. Ce manque de continuité n'est pas encore génant puisque l'effet "nouveauté" n'est pas réellement estompé et que l'on découvre encore de nombreuses facettes de Korosensei mais sur la durée, ça pourrait s'avérer fatal. Un peu comme Reborn qui peinait à démarrer et qui avait donc perdu pas mal de lecteurs en chemin, Assassination Classroom est sur une pente plus que glissante...

Troll sous forme de smileyface ou smileyface sous forme de troll ?

On dit souvent que ce sont les personnages qui font la force d'une histoire (et donc d'un titre en général) et il faut avouer qu'avec Korosensei, Yusei Matsui a vraiment bien réussi son coup. Il nous propose un mélange savoureux entre un prof complètement déjanté (un peu à la Robin Williams dans Flubber) pour le caractère et un Tentacruel (pokémon poulpe aux multiples tentacules) pour le physique. Petite particularité : son visage change de couleur (et peut arborer des rayures) en fonction de son humeur. Vous pourrez donc voir un Korosensei rouge furax mais aussi un Korosensei bleu triste ou encore un Korosensei rose pervers. C'est peut-être un détail mais c'est façon pour les élèves de savoir ce qu'il ressent vraiment puisqu'il semblerait qu'il lui soit impossible d'empêcher ces changements de couleur. 

L'autre chose qui vient titiller le lecteur, c'est son invincibilité apparente : il est invulnérable aux armes conventionnelles, il est ultra-rapide, il a une force colossale (il a quand même désintégré la majeure partie de la Lune, ne laissant qu'un croissant permanent), ses tentacules peuvent faire tout et n'importe quoi (de la récupération d'information à l'outil, il n'y a qu'un pas), bref... Il semble n'avoir aucun point faible. Cependant, très rapidement, on apprend qu'il a lui-même donné au gouvernement la seule matière capable de le blesser afin qu'ils puissent en faire des armes (couteaux, balles, etc.). On apprend au fur et à mesure qu'il possède de nombreux petits défauts qui pourraient être qualifiés de très humains (il est très compétitif, il est mordu de poitrines généreuses, etc.) qui sont tant de failles à exploiter pour les élèves de la 3e-E. 

En troisième mais secondaire.

Là où j'ai trouvé la série assez faible, c'est sur ses personnages secondaires. Il n'y a pas l'ombre d'un doute, Korosensei est la star mais il l'est tellement que celles et ceux qui gravitent autour de lui sont complètement oubliés. Le narrateur Nagisa, dont on se demande au début si c'est une fille ou un garçon (dans GTO, Nagisa est le prénom de la copine de Ryuji et c'est loin d'être un homme et puis, quand on regarde le design général du personnage, il fait vraiment très androgyne), ne sert à rien d'autre qu'à raconter pour le moment. Son rôle dans les tentatives d'assassinat est moindre et il récupère les informations sans vraiment agir.

Les autres membres de la classe E n'ont pas encore le droit à une vraie mise en avant et restent plus ou moins dans le décor à essayer telle ou telle technique. Certaines fortes têtes émergent dans le deuxième volume comme on le voit avec Karma, personnage plutôt bien amené malgré une conclusion un peu trop "nian-nian" à sa première rencontre avec Korosensei. Espérons d'ailleurs que ce côté un peu édulcoré "tout le monde il est gentil au final" ne soit pas conservé tout au long de la série car ça ne ferait que lui nuire...

Les autres profs sont pour le moment au nombre de deux : Karasuma et Irina Jelavic (et son super surnom que je vous laisse découvrir). Le premier semble être un tueur expérimenté qui guette la moindre opportunité pour fondre sur sa proie et donnera de nombreux conseils ainsi qu'un soutient non-négligeable aux élèves de la classe E. Quand à Irina, spécialisée dans la séduction, elle va leur enseigner l'anglais en situation (donc pour tout ce qui est relié aux assassinats). Pour le moment, son meilleur atout contre Korosensei, c'est sa poitrine plus que généreuse dont elle n'hésite pas à se servir quand elle en a besoin. 

Mon prof m'a tuer. 


Une autre facette de Korosensei.
D'abord, pour toutes celles et tous ceux qui crient à la faute d'orthographe, je vous prierais d'aller vous plaindre à Omar (comprenne qui pourra). Pour les autres, je ne peux que dire qu'Assassination Classroom est une bonne surprise qui se lit avec curiosité. Kana a eu la bonne idée de sortir les deux premiers tomes d'un coup (ce qui veut dire que le troisième risque de se faire attendre, sans quoi, on pourrait rattraper les sorties japonaises un peu trop rapidement), ce qui permet de bien apprécier (dans le sens où on possède plus de matériel pour le juger) le personnage. 

Le danger principal avec ce genre de titre étant que le public français n'adhère pas à l'humour très particulier de l'auteur (même si c'est beaucoup moins prononcé que dans Neuro). L'autre souci serait que l'auteur ne fasse pas d'arc avant un certains temps et continue sur ce schéma d'une histoire par chapitre qui lasse assez rapidement le lecteur. En tout cas, si vous aussi, vous avez toujours rêvé d'avoir un smiley en tant que professeur, Yusei Matsui a exaucé votre souhait. Assassination Classroom est un mélange réussi entre suspense, humour et brefs moments de désespoir (Nagisa est parfois en mode déprime, oui). Allez, ne soyez pas timides et allez dire bonjour à Korosensei !

Vous pourrez retrouver le trailler en cliquant sur ce lien et lire les premières pages en cliquant ici. Bonne lecture !

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A propos de l'auteur

Un peu fou mais passionné de manga depuis ma plus tendre enfance, je n'hésite pas à tester tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi en fait...).

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