9/10

Tomino la maudite - Tome 2

La beauté d'un peuple qui court à sa fin

Suite et fin des tristes aventures de Tomino avec ce deuxième volume, tout aussi riche et dense que le premier et avec une pureté graphique toujours égale. Nous avions laissé Tomino emportée par des visions effroyables tandis que son frère parvenait à s'enfuir des mains d'un vieux fou décidé à en faire un monstre. En parallèle, la troupe du cirque se réfugiait chez Utako Utagawa, la véritable mère des jumeaux après un incendie. Cependant, le cruel et avide Herbert Wang est toujoursà la recherche de ses « freaks » pour toujours plus les exploiter.


Tomino la pure

 

Plus encore que dans le premier tome, les enfants et la pureté de leur lien est ici en opposition à la folie dévastatrice des hommes. Ce deuxième tome est celui d'une déliquescence de l'humanité toute entière, emportée dans le tourbillon vengeur du péché et le monde n'est plus qu'un théâtre grotesque voué à s'auto-détruire. On l'aura compris, l'action se déroulant dans les années trente, c'est ce basculement dans l'horreur de la Seconde Guerre Mondiale qui est annoncé avec l'impact que l'on connaît sur le Japon. Mais au-delà de visions d'horreur et de bombes atomiques, c'est plutôt une ambiance qui est ici mise en place. L'album est tout bonnement terrifiant dans son graphisme emprunté et cette violence sourde partout présente. On y retrouve le même sentiment de malaise et d'opression que dans Un chien Andalou de Luis Bunuel avec la même perte de repère et un sentiment de cauchemar onirique duquel on ne peut sortir. On pensera notamment à la fameuse scène de l'oeil fendu au rasoir dans le film à rapprocher de l'émasculation de Herbert Wang par Ken, le nain du cirque qui tient enfin sa vengeance.
Violence

 

La culture du Japon et toute l'histoire du vingtième siècle s'écrit en filigrane dans Tomino la maudite à travers ses heures les plus sombres. Que ce soit la montée des totalitarismes et le dévoiement de la religion ou de l'art, les grands thèmes sont ici abordés avec beaucoup de subtilité mais aussi un regard critique sans complaisance. Ainsi sera évoquée la coalition des pays de l'Axe qui comprenait alors L'italie fasciste, l'Allemagne nazie et le Japon impérialiste mais surtout l'inquiétude des puissants et des choix politiques dictés plus par le pouvoir et l'argent que par une quelconque idéologie. Tous les « méchants » de l'ouvrage y voient une opportunité égoïste pour aboutir à leur fin, rabaissant d'autant plus les petites gens qui « toujours apeurés passent leur vie à fuir » comme le fait remarquer Kakashi. Dans une dialectique nietzschéenne toute aussi pessimiste, Katan conclut par ces mots «  Dieu ? Tu parles, il n'existe pas. » L'humanité est condamnée et les consolations de l'art ou de la religion ne sont plus suffisantes pour remplir la vacuité d'une existence faite de souffrance.


Le héros de l'histoire

 

Véritable réflexion philosophique, Tomino la Maudite est bien plus qu'un simple album. Il est le miroir de notre monde comme le rappelle l'auteur en faisant dire à l'un de ses personnages que les reproductions sont plus réussies que les vraies, « comme les fleurs artificielles ». Un monde corrompu par la destruction comme c'est l'apanage de l'humanité. La beauté  tragique de Tomino la Maudite rappelle que la vie est une vaste blague et que seule la mort en ressort vainqueur.

Un ouvrage majeur d'une richesse incroyable à la fois narrative et stylistique. Tomino la Maudite devient une Ophélie moderne, condamnée par la folie des hommes dans un monde dont elle incarnait la pureté originelle. Un chef d'oeuvre.

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